• Voici un livre-Molotov à l'usage des timides, des affligés et des gueulards. Nous y retraçons l'épopée des grands emmerdeurs, offrant une glissade au pays des têtes dures, de l'âge des mythes à nos jours. Alors apparaît dans sa puissance, dans sa densité de diamant, dans sa désarmante et fascinante simplicité, ce coup de génie qui est venu à nos anciens et qu'ils ont fini par faire écrire dans la loi, histoire d'être bien sûrs que toutes et tous se souviennent de quelle façon le monde est fait - la grève.

    Après tout, pour changer le monde, il faut peut-être commencer, depuis notre rang dans la galère, par tourner le dos au frappeur de tambour ; arracher à la chiourme la façon de penser du rameur. Alors, volte-face ! Profitons-en pour battre le rappel de ceux qui en ont assez et leur raconter d'où vient leur ardeur, de quel inépuisable roman ils sont le dernier chapitre.

    Léonard Vincent

  • Le terme « schifta » désigne en Érythrée, en Éthiopie, en Somalie et dans d'autres pays d'Afrique un bandit, un hors-la loi.
     Bruno Commandant, cuistot du pétrolier le Baraka, appartenant au Libéria mais battant pavillon des Bahamas se retrouve coincé au port de Mogadiscio suite à une avarie électrique dont personne ne veut payer la réparation. L'équipage se trouve contraint de quitter le navire sans solde. Bruno passe la soirée à quai avec Medhanie, rencontré sur le port, ancien combattant érythréen passé par les quartiers nord de Marseille. Ils rejoignent un campement de dockers et font la connaissance d'Abdi, un jeune berger qui peine à s'adapter à la violence de la capitale. Leur groupe est attaqué par des voyous. Les trois hommes parviennent à s'échapper et trouvent refuge chez l'oncle d'Abdi en affaires avec le gouvernement corrompu du pays. Sans perspective et sans argent, les trois hommes envisagent d'abord de quitter le pays jusqu'à ce qu'Abdi ne leur révèle l'existence d'un trésor planqué dans une ferme abandonnée avec pour seuls gardiens une veuve et son fils. L'or appartient aux moudjahidines dont le chef vient d'être abattu par un drone. D'après Abdi, personne ne viendra plus le chercher.

     Ces compagnons de fortune nous embarquent dans une chasse au trésor rocambolesque, mais aussi dans leurs révolutions intimes, chacun tentant désespérément d'échapper à son destin.
    Un éloge de la fuite, de l'amitié, un hommage aux échoués de la mondialisation portés par l'écriture habitée de Léonard Vincent.

  • Les hommes du ministère

    Léonard Vincent

    • Anamosa
    • 28 Novembre 2019

    Dans une capitale d'Afrique, des silhouettes rasent les murs, un homme écoute la radio, pendant qu'une Land Rover roule trop lentement et que le Chef, " grand bras affectueux et sourire de requin ", assiste aux cérémonies officielles qu'il méprise. Telle est l'atmosphère glaçante de cette dictature ordinaire, " inspirée des faits réels " comme on dit.
    Dans une capitale d'Afrique, une Land Rover roule trop lentement, des silhouettes rasent les murs, un homme fait semblant d'écouter la radio. Et le Chef, ce " géant courbé avec un sourire irrésistible, de grands bras affectueux et des yeux de requin ", assiste aux cérémonies officielles qu'il méprise souverainement.
    Telle est l'atmosphère glaçante d'une dictature ordinaire : les sourires mièvres et les ors de protocoles minables sont lourds de menaces, le sentimentalisme, l'apparente normalité recèlent une tension sourde et fatale. Une mouche qui vole, la canicule, la transpiration, la paralysie même qui saisit le ministre Omer Hassan et le fonctionnaire Nebsi ont un air de déjà-vu. Léonard Vincent emprunte dans son récit l'imaginaire du roman d'espionnage, mais les ressorts codifiés de la peur contaminent aussi le réel. Chaque jour dans les démocraties occidentales, il arrive de s'asseoir dans le bus à côté de ces " évadés " venus chercher asile et protection, petits soldats hagards de la comédie du pouvoir.

  • Le 4 avril 2012, Dimitris Christoulas, retraité grec et ancien pharmacien, se tue d'une balle dans la tête sur la place Syntagma d'Athènes, en face du parlement. Ce cri de révolte est le point de départ du roman. Tout le livre passera par le regard et l'expérience de Maxime Bernard, un homme sans repères, un français déclassé venu en Grèce pour renaître de ses cendres. Au lieu de s'apitoyer sur la déroute du pays, Max décide d'explorer en profondeur la vie quotidienne d'Athènes. De jour comme de nuit, il observe une série de paradoxes : la ville a été sacrifiée mais sa lumière demeure, les Grecs sont abattus par la crise mais ils sont combatifs, la cité peine à trouver de nouvelles ressources mais les chansons font toujours vibrer le coeur de cette Mana mou Ellas (ma mère, la Grèce).
    Ce voyage radical est une quête. C'est aussi un passage des ténèbres à la lumière, passage visible dans la progression du roman. Arrivé au terme du livre, une question se pose : qu'est venu chercher Max de ce côté-ci de la Méditerranée ? La révolution ? La fraternité ? Le calme ? C'est à son retour en France que la réponse à l'énigme surgit : " Ce qu'il abandonne, c'est cet homme coupable qui voulait ressembler aux autres. " Au chaos intérieur de Max fait écho le chaos de la Grèce, et nous voilà plongés dans un roman bien plus étrange qu'un roman réaliste, bien plus envoûtant. Athènes, haut-lieu d'apprentissage.
    " Sur une place des hauteurs du Pirée, Max contemple les banques rutilantes. Les noms de établissements se succèdent, les places de stationnement sont interdites, des barreaux ferment les fenêtres. On n'échappe pas aux banques, ici. Seul, au milieu, l'immeuble du Parti communiste grec. Au-dessus de la porte, la marinière du drapeau national côtoie la bannière rouge frappée de la faucille et du marteau. Max se sent lavé de tout soupçon, juste et déterminé comme un empereur romain. Indigent et glorieux, il erre encore jusqu'à la nuit tombée, au-delà du débarcadère, vers le stade de l'Olympiakos. Il enjambe des carcasses de machines-outil, contourne des grillages aplatis et se réjouit de la splendide déliquescence de ce monde. Vers minuit, il redescend vers le front de mer pour respirer le parfum des grillades et les bacs de glace où dorment des poulpes. Dans les néons des boutiques de souvenirs, des ouzéris et des kiosques, il énumère les noms des bateaux qui partent dans les îles, le Knossos, le Santorin, le Nauplie, l'Epimanondas, le Dolphin Express. "

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

empty