• En culture comme en politique, l'échelle européenne est un effort autant qu'un accomplissement. C'est pourtant bien à cette échelle que cette « brève histoire » entend se situer - avec un récit fait d'éveils nationaux, d'industrialisations, d'urbanisations, d'assemblées délibérantes, de journalistes, d'artistes et d'intellectuels, de culture de masse, de systèmes éducatifs et de droits de la personne. En treize chapitres vigoureux, Emmanuelle Loyer fait tourner le kaléidoscope européen, du milieu du XIXe siècle à nos jours, saisissant pratiques et représentations dans leurs différentes inscriptions spatiales et sociales, dans leur hybridation entre l'ancien et le nouveau.
    En filigrane, une réflexion sur la fragilité de la culture européenne : il n'y a pas une culture européenne qui viendrait justifier un destin commun, mais des cultures qui se croisent et se nourrissent, engendrant la sédimentation que nous connaissons aujourd'hui.
    Retracé avec une grande liberté, cet itinéraire permet d'imaginer, pour nous autres, Modernes tardifs du XXIe siècle, un rapport peut-être plus heureux à notre présent.

  • On ne semble plus vouloir aborder Mai 68 que sous deux angles : la commémoration des témoins et des anciens, rituellement organisée tous les dix ans ; la liquidation exigée par ses adversaires, qui, régulièrement, revient sur le devant de la scène médiatique.
    Ce livre veut sortir de ce double discours, pieux et nostalgique ou vindicatif et injuste, en proposant les documents qui, sur le moment même, ont constitué l'événement de Mai 68.
    À travers ces traces écrites, ces voix plurielles - déclarations, pétitions, slogans, tracts, procès-verbaux de manifestations, fiches de renseignements généraux, projets étudiants ou ouvriers, extraits de presse, fragments de discours -, l'on peut revivre au plus juste et comprendre ce qui fut une véritable révolution, dans la rue, certes, mais aussi dans les mots. Le regard de l'historienne, au ras de l'archive, permet ainsi de lire à nouveaux frais ce qui s'est passé au printemps 68, moment d'invention et de jubilation de la parole.

  • Claude Lévi-Strauss est né en 1908 et mort centenaire, en 2009, tout près de nous, lecteurs du xxie siècle. Il grandit dans une famille juive, bourgeoise, mais qui a connu des jours meilleurs. Le père est peintre, bricoleur ; le fils choisit la voie de la philosophie et du militantisme socialiste. Le jeune agrégé part en 1935 enseigner la sociologie à São Paulo. Lors de rudes expéditions dans le Brésil intérieur, il se fait ethnologue, découvrant l'Autre indien. Les lois raciales de Vichy le contraignent à repartir : il gagne l'Amérique en 1941 et devient Prof. Claude L. Strauss - pour ne pas qu'on le confonde avec le fabricant de jeans. Cette biographie décrit l'accouchement d'une pensée d'un type nouveau, au milieu d'un siècle chahuté par l'Histoire : l'énergie des commencements au Brésil et l'effervescence du monde de l'exil européen à New York, entre surréalisme et naissance du structuralisme. Le retour en France, après la guerre, sonne le temps de l'écriture de l'oeuvre : plusieurs décennies de labeur intense où Lévi-Strauss réinvente l'anthropo¬logie, une discipline qui a désormais pignon sur rue et offre une nouvelle échelle pour le regard. En 1955, Tristes Tropiques en est la preuve éclatante, en France puis dans le monde entier. Au cours des années, Lévi-Strauss est devenu une gloire nationale, un monument pléiadisé de son vivant. Mais il a sans cesse revendiqué un « regard éloigné » qui lui permet de poser un des diagnostics les plus affûtés et les plus subversifs sur notre modernité en berne. Cette biographie souligne l'excentricité politique et intellectuelle de l'anthropologue. Sa vie décentrée par rapport à l'Europe, ses allers-retours entre ancien et nouveaux mondes, son goût de l'ailleurs font de ce savant-écrivain, mélancolique et tonique, esthète à ses heures, une voix inoubliable qui nous invite à repenser les problèmes de l'homme et le sens du progrès. Lévi-Strauss est moins un moderne que notre grand contemporain inquiet.

  • Entre 1940 et 1945, un grand nombre d'intellectuels, d'écrivains et d'artistes français quittèrent la France occupée. La grande majorité se rendit à New York, qui devint ainsi le coeur de l'exil de la pensée et de l'art français. André Breton, Claude Lévi-Strauss, Boris Souvarine, Jacques Maritain, Saint-Exupéry, Saint-John Perse, Max Ernst, ils sont des dizaines à se retrouver dans la capitale intellectuelle du monde libre. Paris à New York raconte l'histoire de cet exil dans tous ses détails. D'abord, l'exil même : quels réseaux l'aident et le financent ? De Varian Fry, représentant du Centre américain de secours à Marseille, à l'American Comittee for Christian Refugees, dirigé par Thomas Mann, nous voyons les réseaux de solidarité se mettre en place. A New York, ensuite. Comment ces fortes individualités finissent-elles par prendre en charge une parole résistante? Le livre montre l'action des éditeurs et des revues, mais aussi des institutions. L'Ecole libre des Hautes études, où enseigne Lévi-Strauss, devient un noyau gaulliste - chose assez rare dans le milieu des exilés, qui resteront généralement très méfiants envers le général de Gaulle. Le gouvernement américain, surmontant ses répugnances pour toute propagande, crée deux agences où, pour la première fois, on utilisera les intellectuels et le savoir à des fins politiques : l'Office of Strategic Service, le célèbre O.S.S., ancêtre de la C.I.A., et l'Office of War Information, d'où dépend la radio Voice of America, dont la section française est dirigée par Pierre Lazareff. On y entendra les voix d'André Breton, d'Henry Bernstein, de Claude Lévi-Strauss... Paris à New York suit enfin les exilés dans leur retour en France, qui n'est pas toujours facile. Ils avaient développé en Amérique une conception plus démocratique de la culture et plus libérale de l'Etat que celle de Londres ou du maquis.

  • Le lecteur trouvera dans cet ouvrage synthétique et précis les grands traits de l'évolution des idées, de la littérature et des arts. Les jeux d'influence entre les artistes, les ruptures dans la création et les grandes réflexions du siècle y sont largement analysés.
    Au-delà de la culture "noble" d'autres pratiques culturelles se sont imposées au fil du temps. Tours de chant, manifestations sportives, cinéma et lecture dits populaires, émissions radiophoniques ou télévisuelles, et jusqu'à la mode, apportent leur contribution à l'édifice.
    En ce début de XXIe siècle, cet ouvrage apparaît comme un précieux outil pour le lecteur en quête de repères touchant à la culture contemporaine.

empty