• Écrits entre 1978 et 2011 et repris ici tels quels, les carnets que réunit ce livre donnent consistance à l'expérience que fut la découverte des États-Unis, et de New York en premier lieu, pour un auteur que l'on n'attendait pas forcément sur ce terrain, loin des « anciens parapets » de la vieille Europe. C'est donc la notation qui en est le principe actif - le pari étant que, par son côté brusque et spontané comme par son rapport distant à la volonté d'oeuvre, elle ait un pouvoir de résonance spécifique.

    Mais l'Amérique évoquée au long de ce film discontinu, qui fonctionne comme une sorte de planche-contact verbale, existe-t-elle encore ? Peut-être ou peut-être plus ; du moins est-elle ici au rendez-vous, vivante.

  • Soixante " chants " de prose coupée forment ici une spirale. Celle-ci part d'un point : la tour Martello de Sandycove où Joyce plaça le début d'Ulysse. Les chants peuvent se lire comme un journal de bord, une tentative prosodique, une épopée, un roman, un jeu de l'oie, une marelle. Ce sont les déplacements de la tour (" c'est à mon tour d'y voir") qui orientent le récitatif: spirale descendante dont les leitmotive et les sautes engrangent et dispersent le matériau, dans l'espoir d'une nouvelle donne.
    A côté de la tour, l'araignée orbitèle (celle qui tisse) et la périssoire (celle qui glisse) sont les "soeurs" de la toupie sonore, tandis que ses "frères" sont les sombres nuages du temps.
    J.-C. B.

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