• On dit qu'il faut coucher pour réussir, et dans ce livre on couche beaucoup, on s'étend et on s'endort. Un ermite et son lion organisent jour après jour une courtoise colocation et se donnent du vous, du divertissement, et des ajustements ménagers. Un je furtif se glisse tour à tour dans chaque lit aimé de la littérature et de la peinture, il expérimente promiscuités, gênes et sidérations, et réalise qu'on y est plus souvent allongé mort que vivant. Un nous joyeux se livre à des activités de plein air, rafting, rando, piquenique, caravaning, il fait la sieste et compose des poèmes en short.

  • La formule flirt

    Anne Portugal

    Ce nouveau recueil d'Anne Portugal évoque le tremblé des choses, il est construit à partir de textes qui vont deux par deux, se font face à face. Différents ils portent le même titre et se croisent en se frôlant, un peu à la manière de Jane et de Tarzan qui chacun sur sa liane va de son côté mais ils s'approchent de si près cependant, s'effleurent, cela s'appelle le flirt. On pourrait dire qu'il s'agit de ne jamais conclure, de ne jamais figer, de ne jamais entrer dans la chronologie dramatique : rien ne commence, rien ne peut s'arrêter. Tout est en suspens, fugitif, évanescent : on peut appeler ça la poésie, une certaine formule flirt de la poésie, cela pourrait être l'amour.

  • De quoi faire un mur

    Anne Portugal

    «C'est un précis d'architecture qu'aurait composé un jardinier. Son souci est de tracer des lignes, de tirer des traits, d'étirer le cordeau du vers à son maximum d'abstraction pour l'émotion du contact : la tangence de l'eau au quai, de l'herbe au gravier, de la forêt au pré, de la boucle à l'oreille, de la façade à la place vide... Il ne s'agit pas pour lui de forcer le réel artificiellement, mais de le saisir sans mélange, au toucher. Il a vu P. Mondrian, P. Raynaud, A. Aymé, eux qui savent croiser la couleur, la matière à angle droit, qui les dressent en mur. Édification.»

  • Le plus simple appareil, ce peut être, évidemment, la nudité, celle de Suzanne, la chaste Suzanne de la Bible, convoitée par deux vieillards qui l'épient prenant son bain. Ce peut être, aussi, la poésie toujours ainsi exposée, nue. Et les lecteurs, les voyeurs qui la convoitent, l'accusent à tort. La poésie est l'objet le plus intime, le plus simple appareil qui fait levier et le plus risqué aussi. Dans chaque poème Suzanne va donc reprendre la pose, concrète, baroque, triviale, et toujours nue. Fantasque Suzanne! Reine du contre-pied! Avec elle, s'ouvrent les surprenantes boîtes à malice de la poésie moderne : drôle et inquiétante, imprévue, grave et pas sérieuse.

  • Définitif bob

    Anne Portugal

    La poésie a besoin de tester ses barres de résistance : bob, en joker minuscule, est envoyé sur le terrain. Spécialiste de la 'mission serrée horizontale', il investit un champ d'action résolument virtuel, enfonce des portes, explore des couloirs-cibles, déplace des panneaux coulissants. Dopé d'énergie pure, il s'agite à tout instant, fait feu à volonté sur du décor répétitif, débrouille son monde. En bref, il active les manettes de la création dans la version hasardeuse des points de vie non renouvelables.

  • Le problème posé dans ce livre est celui de l'interdit et de sa transgression, centre du travail de poésie dans la langue. Les formules qui enjoignent ou interdisent dans les lieux publics développent des tentations de fuite et de débordement dès qu'intervient la syntaxe. L'écriture naïve qui les compose révèle les brèches de tous les effets de sens dont chacun s'empare à loisir, et qui ne peuvent être maîtrisés puisque ces formules sont livrées dans un idéal état de grâce.

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