• Depuis la Seconde Guerre mondiale, le "réfugié" préfère en général l'appellation de "nouvel arrivant" ou d'"immigré", pour marquer un choix, afficher un optimisme hors pair vis-à-vis de sa nouvelle patrie. Il faut oublier le passé : sa langue, son métier ou, en l'occurrence, l'horreur des camps. Elle-même exilée aux États-Unis au moment où elle écrit ces lignes dans la langue de son pays d'adoption, Hannah Arendt exprime avec clarté la difficulté à évoquer ce passé tout récent, ce qui serait faire preuve d'un pessimisme inapproprié. Pas d'histoires d'enfance ou de fantômes donc, mais le regard rivé sur l'avenir. Mais aux yeux de ces optimistes affichés, la mort paraît bien plus douce que toutes les horreurs qu'ils ont traversées. Comme une garantie de liberté humaine.

    Née en 1906, Hannah Arendt fut l'élève de Jaspers et de Heidegger. Lors de la montée au pouvoir des nazis, elle quitte l'Allemagne et se réfugie eux Etats-Unis, où elle enseigne la thoérie politique. À travers ses essais, tels que La Condition de l'homme moderne, Les Origines du totalitarisme, Eichmann à Jérusalemou encore Le Système totalitaire, elle manifeste sa qualité d'analyste lucide de la société contemporaine. Elle meurt en 1975.

  • La combattante courageuse contre l'envoilement nous fait découvrir l'envers du décor. Une plongée comme jamais, vivante, empathique et critique dans l'univers des jeunes des banlieues, l'ordinaire des profs, le quotidien des filles partagés entre la réalité d'ici et l'irréalité de là-bas. Un plaidoyer républicain.
    Nostalgie. Algérie. Jérémiades. C'est par ces trois mots, regroupés en Nostalgériades que s'ouvre le nouveau livre de Fatiha Agag-Boudjahlat, alternant l'essai politique et le récit autobiographique. Décrivant les naïves croyances des collégiens auxquels elle enseigne chaque jour (" Au bled, ça coûte rien ", " Seul Allah guérit "), et la difficulté qu'éprouvent les professeurs à enseigner la colonisation, la guerre d'Algérie ou la Shoah, la cofondatrice du mouvement Viv(r)e la République décrypte la condition féminine, en France comme dans les pays de culture musulmane. Rêvant d'un MeToo mondial, elle affirme dans sa splendide conclusion que si la condition féminine est un malheur, alors " il ne faut pas renoncer à ce malheur ".
    Sans langue de bois, sans naïveté et sans ressentiment, voici le nouvel essai flamboyant d'une femme puissante appelé à provoquer le débat.

  • À mes frères,

    Nous reviendrons, foule sans nombre ;
    Nous reviendrons par tous les chemins,
    Spectres vengeurs sortant de l'ombre.
    Nous viendrons, nous serrant les mains,
    Les uns dans les pâles suaires,
    Les autres encore sanglants,
    Pâles, sous les rouges bannières,
    Les trous des balles dans leur flanc.

    Tout est fini ! Les forts, les braves,
    Tous sont tombés, ô mes amis,
    Et déjà rampent les esclaves,
    Les traîtres et les avilis.
    Hier, je vous voyais, mes frères,
    Fils du peuple victorieux,
    Fiers et vaillants comme nos pères,
    Aller, La Marseillaiseaux yeux.

    Louise Michel, prison de Versailles, 1871.

    Louise Michel (1830-1905) est une figure iconique du mouvement ouvrier français.

  • Parle-moi de 'Là-bas'! Parle-moi surtout-surtout de la Marne, grand vent qui voyage sans répit de par le monde! On dit que Théodore est mort dans une tranchée. Je ne comprends pas. Pourquoi l'armée de 'Là-bas' se cachait-elle dans des trous au lieu de monter au front? Pourquoi y attendait-elle que le Teuton fonde sur elle? Man Hortense a perdu son fils Théodore, coupeur de canne émérite, à la bataille de la Marne, pendant la guerre de 14-18. Mais elle ne comprend pas ce qui s'est réellement passé sur ce front si loin de la Martinique... Théodore faisait partie du 'Bataillon créole' dans lequel des milliers de jeunes soldats s'enrôlèrent pour aller combattre dans la Somme, la Marne, à Verdun et sur le front d'Orient, dans la presqu'île de Gallipoli et aux Dardanelles. C'est du point de vue martiniquais, celui des parents des soldats, que Raphaël Confiant a choisi de nous faire vivre cette guerre. Il ya donc Man Hortense ; mais aussi Lucianise, qui tente d'imaginer son frère jumeau Lucien à Verdun : Euphrasie, la couturière, qui attend les lettres de son mari, Rémilien, prisonnier dans un camp allemand. Et, à leurs côtés, ceux qui sont revenus du front : rescapés, mutilés et gueules cassées créoles... Éloge de la mémoire brisée et sans cesse recousue, Le Bataillon créole donne la parole à ces hommes et à ces femmes qui, à mille lieues des véritables enjeux de la Grande Guerre, y ont vu un moyen d'affirmer leur attachement indéfectible à ce qu'ils nommaient la 'mère patrie'.

  • Fille de pionniers qui travaillent à réduire l'immensité de la forêt canadienne, Maria Chapdelaine a les rêves de ses dix-huit ans : suivre François Paradis, un trappeur dont elle est devenue amoureuse et qui a promis de l'épouser à son retour, le printemps venu. Mais, à la veille de Noël, brûlant de retrouver sa bien-aimée, François quitte le Grand Nord et s'engage sur des chemins que l'hiver a pourtant coupés...Epopée du Canada français, le grand roman de Louis Hémon, écrit en 1913, n'a pas seulement fait date dans la conscience collective québécoise ; par le souffle de son récit et les élans poétiques de son style, il a tenu en haleine des générations de lecteurs, en France et dans le monde entier.

  • Ce premier roman étranger paraît simultanément aux Etats-Unis (Interlink Publishing) sous le titre Dune Song.

    « Je suis venue au Sahara pour y être enterrée. »
    Ainsi commence l'histoire de Jeehan Nathaar.
    Jeehan choisit de quitter New York, où elle a vécu la plus grande partie de son existence, après avoir assisté à l'effondrement des tours du World Trade Center.
    Avec elles, son rêve américain s'écroule : dans le regard des autres elle est devenue une étrangère, comme nombre d'Arabo-musulmans depuis le 11 septembre 2001.
    En quête d'identité, elle retourne à sa terre natale où elle se trouve impliquée dans une autre tragédie, celle des migrants qui traversent le Sahara à la recherche d'une nouvelle vie.
    Cartographie du clivage entre Occident et Orient, le roman oscille entre les débris de Manhattan dans les jours qui suivent le 11 septembre et les sables de Lalla el Aliah, la plus haute dune du désert marocain. C'est pour renaître à elle-même que Jeehan s'y laisse ensevelir.

    Traduit de l'américain par Laurence W. Ø. Larsen

  • Devant la tombe de sa mère à Alger, Suzanne El Kenz, Palestinienne vivant en France, mêle le passé et le présent, se souvient et espère dans des tonalités parfois légères et rieuses, parfois tragiques. Son rêve ? Que les Palestiniens retrouvent un pays en paix, « qu'il y ait un match de foot et que les enfants de notre nation se disputent contre des enfants d'une autre nation, et qu'après la victoire ou la défaite, qu'on voie un grand défoulement populaire dans les rues transmis par toutes les radios et les télévisions du monde. Oui, c'est ça un pays. Réel. »

  • L'école a-t-elle continué, ou non, à « faire d'excellents Français » d'une guerre à l'autre ? 
    Pour y répondre, Olivier Loubes sonde l'institution scolaire à la fois de l'intérieur, depuis les circulaires ministérielles, les programmes, les manuels, jusqu'aux cahiers d¹élèves, et de l'extérieur, en partant des débats nourris dans l'opinion. L'école ne se limite pas ici à son seul rôle d'enseignement : elle est envisagée à la fois comme « institutrice de la nation » et comme produit de la nation. 
    Le corps sacré de la patrie est gravement affecté par la mort de masse de la Grande Guerre : c'est un véritable désenchantement national qui touche l'école de plein fouet jusqu'en 1940. Néanmoins, l'auteur montre que les instituteurs et les institutrices de l'entre-deux-guerres, accusés d'être devenus pacifistes (intégraux) après avoir été (trop) patriotes en 1914, ont en fait continué à forger la francisation et l'éducation républicaine des jeunes Français, sans oublier de leur inculquer les devoirs patriotiques. 
    Replaçant ainsi les rapports troublés qu'entretiennent l'école et la nation dans la culture et l'imaginaire politiques entre 1914 et 1940, Olivier Loubes souligne en quoi ils n'ont cessé de forger une identité française en mouvement, se réinventant dans un entre-deux-guerres qui prend dès lors les allures d'un entre-deux-France.

  • Associé depuis la plus haute Antiquité à la pratique guerrière, le mercenariat serait le « deuxième plus vieux métier du monde ». Durant toute l'époque moderne, Jean Bart ou encore les gardes suisses s'illustrèrent au service des rois de France. Or avec la Révolution française et l'institution de la conscription, les combattants non nationaux sont perçus comme des hommes sans foi ni loi qui se vendent au plus offrant. Appât du gain certes, mais également engagement idéologique et soif d'aventure, telles sont les principales motivations de ces hommes éparpillés à travers le monde, dont certains sont entrés dans la légende, à l'image de Garibaldi.
    Le XXe siècle est marqué par une continuité de l'engagement mercenaire avec la constitution de légions étrangères, de la Première à la Seconde Guerre mondiale en passant par la guerre d'Espagne.
    Les conflits de décolonisation voient ensuite la recrudescence de ces « Affreux ». Figure emblématique de cette époque, le nom de Bob Denard résonne alors de l'Afrique à l'Asie.
    Décriés à l'ère de la « Nation en armes », destinés aux opérations militaires parallèles au XXe siècle, les mercenaires ont connu une nouvelle mutation au XXIe siècle avec la prolifération des sociétés militaires privées, telle la sulfureuse Blackwater en Irak. Et aujourd'hui plus que jamais depuis 1789, ils peuvent proclamer : « Le monde est notre patrie », leur devise.

  • Francfort, 1914. Ludwig est impatient de recevoir sa convocation pour partir à la guerre, même si partir au front implique de s'éloigner de sa bien-aimée. En tant que soldat allemand, il a le sentiment d'être enfin pleinement accepté par sa patrie qu'il souhaite servir au mieux. Bordeaux, 1914. Quand Louis, le fils d'un boulanger, apprend la déclaration de guerre, le temps est encore à l'insouciance. Malgré ses peurs, il écrit avec fierté à son père que, une fois au front, il pourra enfin se rendre utile au peuple français.

    Au coeur des horreurs de la Première Guerre mondiale, ce livre retrace le destin de ces deux protagonistes juifs. Sur la base de nombreux documents historiques, Avi Primor aborde les thèmes du premier amour, de l'absurdité de la guerre et du besoin d'appartenance.

  • Croire ou savoir ?

    Gerard Santarini

    Un monde meilleur ? Tout le monde en rêve, plus ou moins... Mais il semble que le chemin soit encore long et pénible ! Ne serait-ce pas, entre autres, parce que les difficultés de la route sont souvent mal identifiées et les parades pour surmonter les obstacles méconnues ? Le monde souffre encore de tant d'obscurcissements, de tant d'emprisonnements intérieurs et extérieurs. La connaissance n'a pourtant jamais été aussi répandue et sa puissance aussi grande et disponible. Mais son pouvoir de libération reste encore largement ignoré, voire dénigré. La science est aujourd'hui très forte mais la conscience est encore très faible !
    Cet essai se veut une contribution à la réflexion sur les multiples résistances à l'avancement vers plus de liberté, de fraternité et de bonheur et sur les moyens de les vaincre. Il n'apporte, bien sûr, aucune réponse définitive, mais il livre quelques pistes.
    Réquisitoire contre les effets pervers des religions, nationalismes, patriotismes et autres communautarismes plus ou moins latents ou plus ou moins avoués, il est aussi un plaidoyer pour la connaissance universelle ainsi que pour le doute et la recherche qui permettent d'y accéder. Hymne à la vérité, il exhorte à l'ascèse de la compréhension, à la pratique de l'émerveillement, à l'éveil des consciences.
    L'auteur y livre son propre témoignage et propose un chemin vers une spiritualité ouverte, adaptée à notre époque et compatible avec les merveilleuses découvertes de la science.

  • Alors que Marie et Fabien arrivent à Boston, après avoir transité quelques semaines par l'île de Saint-Domingue, ils font la connaissance d'un groupe de Canadiens qui, habités par un rêve de liberté, ont quitté leurs paroisses pour combattre au côté de Georges Washington. Puis, le couple finit par rejoindre le marquis de La Fayette juste à temps d'ailleurs pour assister à la fameuse bataille de Georgetown, qui scelle l'indépendance des États-Unis. Une fois Fabien remis de ses blessures, il ne leur reste qu'à partir vers le nord, vers cette fameuse et mythique Acadie.

    Or, quand le couple est fait prisonniers par les Iroquois, Fabien est forcé d'épouser la fille d'une des chefs de clans. Mais après maintes péripéties, les deux amoureux s'échappent et réussissent enfin à se rendre à Montréal, où ils rencontrent de nombreux Acadiens toujours en fuite. Le Canada deviendra-t-il leur véritable patrie?

  • En 1773, un groupe d'Acadiens s'installent en France après avoir été chassés de leurs terres par les conquérants anglais. Résidant dans l'un de ces villages créés à cette occasion dans la région du Poitou, les jeunes Fabien et Marie sont remarqués par le

empty