Policier & Thriller

  • Sur les hauteurs d'Ajaccio, on trouve les ruines du cimetière du bagne d'enfants de Casteluccio, où moururent 160 enfants entre 1855 et 1866. Jean-Baptiste Foucaud, 16 ans, est de ceux-ci. 160 ans plus tard, Abram est enfermé à l'hôpital psychiatrique de Casteluccio, bâti sur cette mémoire honteuse. Souffrant du syndrome de Cotard, il est convaincu de sa propre mort et n'a de cesse de le rappeler en se mutilant. Il est confié à Marie, assistante sociale dans un service à bout de souffle. Corse d'adoption au passé difficile, divorcée, mère de deux enfants, elle se raccroche aux gosses qu'elle tente de sauver, jusqu'à ce que trois d'entre eux, âgés de 16 ans, soient assassinés. L'enquête, qu'elle sera forcée de mener, l'ouvrira à une mémoire collective et familiale insoupçonnée jusqu'alors.

    Isabelle Chaumard est auteure de romans, d'articles et essais socio-politiques. Aux éditions Le mot et le reste, elle a publié son premier roman, Belles sanguinaires.

  • Jacques Prévert s'était inspiré d'une triste réalité : le témoignage d'Henri Danjou sur les colonies pénitentiaires réservées aux enfants publié en 1932. La discipline y était draconienne. Le silence absolu obligatoire. Henri Danjon, écrivain reporter, retrace l'histoire de lieux maudits nommés colonies pénitentiaires, maisons de redressement, maisons de correction. A la colonie du Luc (Gard), à celles de la Loge (Cher), du Mont Saint-Michel (Manche), d'Aniane (Hérault), Belle Ile en Mer, Cadillac (Gironde), Doullens (Sommes), Chanteloup (Yvelines), Mettray (Indre), partout la même férocité, quel que soit l'époque ou le régime. Les premières maisons d'incarcération du XVIIIe siècle offraient un cadre qui dépasse l'imagination. Si l'amputation de la main pour les parricides fut abolie en 1832, la liste des supplices restait longue. Qui punit-on dans ces établissements ? Des mineurs coupables de vols, souvent des vols alimentaires ou se livrant à la prostitution. Ceux que les pouvoirs appellent les classes dangereuses . Les vagabonds et tous ceux qui échappent au contrôle des familles, des patrons et du clergé sont dans le collimateur. Ils ne sont pas les seuls. Orphelins, pauvres, chapardeurs : dans l'esprit du législateur, si ces gamins ne sont pas encore délinquants, ils le deviendront un jour ou l'autre. De la promiscuité enfants/adultes où prospèrent toutes sortes de crimes aux règlements monstrueux calqués sur la barbarie militaire, en passant par le sadisme des geôliers, le travail forcé, les oubliettes, les maladies et autres horreurs, les monstruosités sont toujours justifiées au nom de la morale républicaine ou de la religion : la rédemption par la punition. La logique de la répression et de l'enfermement a tellement été contreproductive. et dénoncée par quelques esprits éclairés, que l'évidence de la prévention et de l'éducatif s'est enfin, peu à peu, imposée à la République. Ce témoignage d'abord publié sous forme de feuilleton dans Délabre dans les années 30 est d'une écriture très actuelle. A l'heure où la question sécuritaire revient au galop dans les discours, il n'est pas inutile de se souvenir des heures sombres des dogmatismes moraux et religieux qui bâtirent les tragiques bagnes d'enfants.

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