• « Lorsque je me suis trouvé devant une centaine de portraits, certains en pied, d'autres en buste, quelques-uns en couple, j'ai eu le sentiment que s'ils étaient tous différents, ils avaient quelque chose de commun et que je devais savoir ce qui les reliait d'assez inexplicable façon. Après examen, je pense avoir résolu le mystère : tous ces gens habitaient dans le même immeuble.


    Rien de bien rationnel dans tout cela mais il m'a vraiment semblé que ces personnages devaient se croiser à un moment ou à un autre, dans l'ascenseur, chez les commerçants du quartier, dans le hall... Et à partir de leurs visages, de leurs silhouettes, il me fallait reconstituer la vie qu'avait été la leur, leur histoire, raconter une existence, un parcours... Cela fut facile pour certains, l'image me renseignait sur l'âge, un trait de caractère, un milieu social, d'autres étaient plus hermétiques et il me fallait avoir recours à d'avantage d'invention... Percer en même temps un secret et imaginer une vie à partir de ces étranges locataires dont les uns devaient certainement occuper les quelques mètres carré d'une chambre de bonne sous les toits avec WC sur le palier et d'autres 200 mètres carré sur la rue... Certains heureux, amoureux, furieusement vivants, d'autres traînant leur destin comme un sac trop lourd, rigolos, pitoyables, attendrissants, cinglés, bref, ce condensé urbain d'une société d'aujourd'hui que l'on appelle un immeuble. » P. C.

  • Le célèbre écrivain américain, Norman Mailer, et le romancier français d´origine polonaise, Jean Malaquais (Prix Renaudot 1939 pourLes Javanais), se sont rencontrés en 1948. Malaquais traduisit en françaisLes Nus et les Morts, premier roman de Mailer, qui devait projeter celui-ci sur la scène littéraire américaine. Une amitié exigeante a uni, pendant un demi-siècle, ces deux hommes dont le tempérament et la culture n´appelaient sans doute pas le rapprochement. Mailer n´a jamais manqué de rappeler sa dette à l´endroit de son aîné : « Il a exercé sur moi plus d´influence que jamais quiconque ».

    Très nourrie à certaines époques, la correspondance qu´ont échangée en anglais les deux écrivains ouvre avec la lucidité de ses analyses, tant littéraires que sociales et politiques, mais aussi avec sa franchise sans compromission, une fascinante fenêtre sur la trajectoire publique et privée de deux créateurs, et sur des moments clés de la seconde moitié du XXe siècle.

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