Nil éditions

  • Écrivain et académicien dans le Paris de l´avant-guerre, Paul-Jean Husson s´est désormais retiré dans une petite ville de Normandie pour se consacrer à son oeuvre, émaillée d´un antisémitisme « patriotique ». Lorsque la guerre éclate et que son fils Olivier rejoint la France libre, il prend en charge la protection de sa belle-fille, Ilse, une Allemande aux traits aryens et à la blondeur lumineuse. Sa beauté fait surgir en lui un éblouissement bientôt en contradiction avec toutes ses valeurs, car il découvre qu´Ilse est juive, sans toutefois parvenir à brider l´élan qui le consume. Peu à peu, l´univers si confortable du grand écrivain pétainiste, modèle de bon bourgeois enkysté dans ses ambivalences, vacille. Les secrets de familles sortent comme autant de cadavres de leurs placards et à l'heure où son existence torturée est percée à jour par une Occupation aux effets ontologiques imprévisibles, seule une lettre adressée au commandant de la Kreiskommandantur peut permettre à Husson de sauver la face.C´est en salaud imaginaire que Romain Slocombe porte en lui une lettre jamais écrite, une lettre de délation ; il prouve ainsi que la part la plus vile de l´âme humaine ne trouve de meilleure place où se révéler que dans le genre épistolaire.

  • 0300 Mais même le silence contribue à forger un récit qui donne des contours à cette petite fille morte. Car forcément, elle joue un rôle dans l´identité de l´auteur. Les quelques mots, terribles, prononcés par la mère ; des photographies, une tombe, des objets, des murmures, un livret de famille : ainsi se construit, dans le réel et dans l´imaginaire, la fiction de cette « aînée » pour celle à qui l´on ne dit rien. Reste à savoir si la seconde fille, Annie, est autorisée à devenir ce qu´elle devient par la mort de la première. Le premier trio familial n'a disparu que pour se reformer à l´identique, l´histoire et les enfances se répètent de manière saisissante, mais une distance infranchissable sépare ces deux filles. C´est en évaluant très exactement cette distance que l´auteur trouve le sens du mystère qui lui a été confié un dimanche de ses dix ans.
    0400LA COLLECTION « LES AFFRANCHIS » Kafka n´est pas encore écrivain lorsqu´il rédige sa fameuseLettre au pèreavant de la ranger dans son tiroir. La lettre, qui ne parviendra jamais à son destinataire, était pourtant le seul et unique moyen, pour le jeune Kafka, de communiquer avec un homme qui le pétrifiait. En certaines occasions de la vie, seule une lettre peut permettre de dire les choses, de démêler les écheveaux d´incompréhension qui s´accumulent dans une relation. Mais passer à l´acte est difficile, risqué, pénible. C´est d´autant plus vrai aujourd´hui, puisque la correspondance est un exercice oublié : les volumineux échanges que pouvaient entretenir un Voltaire ou un Flaubert avec leur entourage n´auront pas d´équivalent dans la postérité. Il serait tout de même dommage que nos plus grands écrivains ne laissent pas dans leur oeuvre un témoignage de l´écriture épistolaire. Écrire une lettre, une seule, mais longue et dense, c´est donc la possibilité de tordre le cou à une vieille histoire et de s´en affranchir, mais aussi renouer avec une tradition littéraire et explorer la singularité de l´écriture à la deuxième personne. La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Écrivez la lettre que vous n´avez jamais écrite. »

  • On connaît le Matthieu Ricard essayiste, devenu l´ambassadeur le plus populaire du bouddhisme en France, notamment grâce à ses best-sellers Le Moine et le Philosophe et Plaidoyer pour le bonheur. Avec La Citadelle des Neiges, conte initiatique et spirituel, on découvre tout le talent de Matthieu Ricard conteur.

    Détchèn grandit comme tous les enfants de son village, au pied de l´Himalaya. Certes, il montre depuis son plus jeune âge des qualités de générosité et de compassion exceptionnelles à l´égard de tous les êtres vivants, il aime à s´asseoir longuement avec les moines et les ermites de passage, mais rien ne semblait le prédisposer à un destin différent de celui de son père et de ses frères, paysans. Pourtant, un jour, l´un de ses oncles descend de la Citadelle des Neiges et propose d´y emmener le jeune garçon.

    Ce lieu sacré du bouddhisme, "hors du monde, si loin des hommes, si près des dieux", vous ne le trouverez sur aucune carte, Matthieu Ricard l´a réinventé pour ne pas troubler son infinie quiétude. Et pourtant il existe...

    C´est ainsi que commence la belle aventure de Détchèn. De forêt en montagne, au coeur d´une nature grandiose, de l´apprentissage auprès des autres méditants aux enseignements du sage dont il deviendra le disciple, de la retraite solitaire dans une grotte sacrée au retour vers ses semblables puis au choix d´une existence de barde errant, elle le mènera sur le chemin de l´Éveil.
    À la veille des fêtes, un Jonathan Livingstone le goéland venu de l´autre bout du monde qui séduira petits et grands.

  • Avec vue sur la mer

    Didier Decoin

    «J'ai fait ce livre pour dire que je n'habite pas une maison mais que je suis habité par elle»0500La lumière du jour avait disparu lorsque la voiture, dont la carrosserie gémissait sous la griffure des fougères, s´engagea sur la route étroite qui, à travers une lande courue de murets de pierre sèche, dévalait en longues virgules jusqu´au hameau de La Roche. À un virage, juste à l´amorce du raidillon de terre qui menait au premier des chalets, le pinceau des phares éclaira, l´espace d´un instant, quelque chose de livide et de furieux. ? C´est la mer, annonça Mme T* du ton à la fois respectueux et embarrassé qu´on prend pour présenter une aïeule acariâtre.Sans doute voulait-elle plaisanter. Car j´eus beau écraser mon nez contre la vitre, je ne vis que les cheveux blancs d´un vieil ogre hurlant sa faim, une gigantesque marmite de vomi en ébullition d´où montait un remugle sauvage et musqué, un charivari de bêtes écumantes qui crachaient au ciel. ? La mer n´est pas du tout comme ça, dis?je avec assurance à la fille de la cuisinière (Baptistine, Bathilde, Bénigne? Un de ces vieux prénoms, c´est sûr...) qui, elle, ne l´avait encore jamais vue que sur des calendriers.Déjà la voiture s´engageait dans une allée envahie par les hortensias qui poussent dans la Hague avec une insolence d´ivraie. Avec sa courte tour trapue et ses gros murs de granit, la maison semblait sortie tout droit d´un roman de Daphné du Maurier dont je venais de lire, avec des frissons de terreur jubilatoire, «L´Auberge de la Jamaïque». On n´imaginait pas y arriver autrement qu´en calèche à capote de cuir attelée à des chevaux squelettiques menés par un cocher patibulaire, tandis que des nuées effilochées couraient devant la lune et que des chiens féroces hurlaient sur la lande. Le menton presque dans la mer ? enfin, dans cette fureur qui tenait lieu de mer ?, le chalet où nous allions loger calait sa nuque contre une falaise pâle qui évoquait irrésistiblement ces canyons sur la crête desquels on voit soudain, dans les westerns, se profiler des silhouettes d´Indiens. D´ailleurs, comme pour forcer letrait, des hordes de chevaux y galopaient en liberté. La fille de la cuisinière (Calixte? Camille? Caroline?...) se serra contre moi. Bien qu´on fût en été, le gardien avait allumé un feu dont les hautes flammes, attisées par le suroît, se contorsionnaient dans la cheminée. Ce n´était pas tant, nous appritoeil, pour assainir la maison restée longtemps inhabitée, que pour empêcher le Diable de descendre par le conduit, tout en rendant service, à peu de frais, aux gnômes des bruyères qui sont toujours en quête de tisons pour rallumer leur pipe. Il était toujours utile, en un lieu aussi éloigné des bienfaits ordinaires de la civilisation, de se concilier les faveurs des gnômes, conclut le gardien du chalet sur le ton le plus sérieux du monde.Les embruns avaient mis sur les vitres des fleurs de sel pareilles aux cristaux de neige. Un volet, quelque part, claquait au vent. La mer était invisible, mais on l´entendait feuler comme une bête féroce.0300Lorsqu´il était enfant, Didier Decoin a passé des vacances dans la Hague, au Nord du Cotentin. Il est tombé amoureux de cette région et a passé des années à y rechercher une maison. Il nous raconte joliment ses mésaventures immobilières, les péripéties inévitables liées aux travaux, les tempêtes, son jardin, les petits bonheurs du voisinage et des nourritures terrestres qu´offre ce pays normand battu par la mer et le vent.«D´une certaine façon, ce livre est traduit d´un autre livre ? de granit celui-là, où depuis vingt-cinq ans je grave quelques unes des plus belles pages de l´histoire de ma vie.» Pour un écrivain, parler d´une maison que l´on aime, c´est une autre façon de parler de soi... Le Combourg de Chateaubriand, la Treille Muscate de Colette, le Malagar de Mauriac, le Manosque de Giono ou les Charmettes de Rousseau appartiennent autant à la biographie de ces auteurs qu´à leurs oeuvres. Ici, Didier Decoin nous offre de très belles pages autobiographiques où se retrouvent, mêlés aux souvenirs d´enfance et aux évocations d

  • L´essai d´Élisabeth Badinter intituléLe Conflitsoulignait, l´an passé, la dureté de l´injonction faite aux femmes par l´obligation non seulement d´être mères, mais de l´être absolument, dans un fantasme de perfection typique d´une société où la sphère privée est devenue un spectacle permanent. En écrivant à l´enfant qu´elle a choisi de ne jamais concevoir, Linda Lê s´affranchit du monde en général pour poser un regard strictement personnel sur sa volonté de ne pas devenir mère. Ce travail autobiographique lui permet d´éclairer les premiers jalons qui, dans l´enfance, préparent l´expression de sa liberté d´adulte. La figure étouffante de la mère et une adolescence passée dans un monde exclusivement féminin contribuent à forger un désir de soi, aussi évident que douloureux à porter dans le regard de l´autre, et plus particulièrement de cet homme, S. Car l´homme qu´elle aime veut avoir des enfants. Chaque jour il tente de lui montrer que son refus se fonde sur l´erreur : erreur d´analyse, trop intellectuelle ; erreur ontologique d´un égocentrisme qui aurait mal tourné ; erreur personnelle, d´une peur jamais confrontée, etc. La narratrice, elle, en lieu et place d´idées toutes faites, voit défiler de simples images, précises et palpables : celle d´un enfant qu´elle ne saurait pas aimer, quelle que soit son identité, et celle d´un écrivain qui perdrait forcément la sienne à l´éduquer. « On ne part pas à la conquête du Graal avec une poussette », écrivait Karen Blixen. Et là où l´expression de la liberté devient intolérable aux yeux des notaires de ce monde exigeant une conversion systématique au modèle de la famille, la narratrice écarte toute forme de dureté, toute prétention à une règle édifiée à d´autres qu´elle-même. Bien au contraire, c´est toute la douceur de son amour qu´elle offre à cet enfant qui n´existera jamais, mais vit sans cesse, à chaque seconde, dans l´imaginaire lumineux de sa conceptrice.

  • « Pour mon malheur, le questionnement grâce auquel je me suis fait un nom dans la presse écrite, à la radio et à la télévision, s´est étendu à ma vie privée. Je souffre d´une maladie chronique que j´appelle la "questionnite". Son symptôme est évident, identifié de tous mes proches : je n´arrête pas de leur poser des questions. Je ne peux pas m´en empêcher. C´est plus fort que moi. C´est une seconde nature. Je suis en état de perpétuelle curiosité. Et de manque si je n´arrive pas à la satisfaire. Je ne suis pas le type qui se contente d´un machinal "Comment vas-tu ?". Je veux savoir. Quoi ? Peu importe, je veux savoir. Toute personne détient de grands et de petits secrets qu´elle n´entend pas divulguer, mais que mes questions peuvent l´amener à avouer. Il n´y a pas d´homme ou de femme sans double fond. Sans mystères, sans cachotteries, sans arrière-pensées. Moi, j´en ai. Beaucoup. Heureusement, je ne suis jamais tombé sur un loustic comme moi qui vous bombarde de questions et qui, à la longue, devient insupportable. » Adam Hitch est un journaliste dont la vie sentimentale est ravagée par son addiction aux questions. En racontant son histoire, avec humour et élégance, Bernard Pivot a-t-il écrit un roman ou son autobiographie ?

  • à Garonne

    Philippe Delerm

    La Première Gorgée de bièrese retourne pour la première fois sur son enfance et sur son adolescence.
    0300 Curieusement, le « buveur de petits instants découpés dans le présent », celui pour lequel le bonheur rime avec la mémoire, ne s´était jamais autorisé à raconter ses souvenirs d´enfance. Il retrouve ici l´accent rocailleux de la région pour nous faire le portrait tendre et doucement nostalgique de ces lieux et personnages qui l´ont vu grandir.

  • Dotée d'un grand appétit pour les saveurs de la Méditerranée, Claude Pujade-Renaud nous fait goûter, dans une langue d'une grande sensualité, les métamorphoses et métissages des mets et des mots.0300 Exquis d´écrivains souhaite rendre hommage à la richesse de la langue française pour dire les plaisirs de la nourriture et constituer la mémoire littéraire de la gastronomie.
    Fictions, rêves et souvenirs, chaque auteur y livre ses voyages personnels dans les plaisirs de la nourriture, sous différentes formes narratives (récits, nouvelles, dialogues, contes, poèmes...), qui donnent envie de passer à table ou de se mettre aux fourneaux.
    Exquis d´écrivains, première collection demandant à des auteurs contemporains de livrer leurs plaisirs de table et de bouche, s´adresse à tous les lecteurs gourmands et gourmets auxquels elle propose des textes intimistes et variés, émouvants ou drôles, résolument appétissants et agréables à lire.

  • Nous sommes en Anatolie, au XIIIe siècle, au temps des sultans seldjoukides et des invasions mongoles. Yunus Emré, derviche errant et poète troubadour, est la figure exemplaire d'un être à la recherche de la vérité. Ce roman, étourdissant voyage au coeur de l'Homme, prend des allures de conte quand il relate les pouvoirs miraculeux et les incroyables prodiges accomplis par les saints errants, sans pour autant nous éloigner du monde actuel par ses constantes réflexions sur les chemins et interrogations de notre époque.

  • A proximité de la ville de Troyes, en Champagne, il existe une forêt, une vraie forêt qui s'étale, frissonne et murmure autour de trois grands lacs et qui se nomme Forêt d'Orient.
    C est à l'orée de cette forêt qu'Ancelot - chevalier sans cheval, paladin sans armure, pèlerin sans équipage - rencontre Thoustra, un perroquet ara, curieux de tout et légèrement dyslexique, avec lequel il va cheminer et croiser des êtres, figures, fantômes ou personnages surgis de différentes époques : un stylite sur sa colonne, une grue cendrée et bègue, le Grand Veneur d'une chasse fantastique, une ondine nymphomane, un androgyne transsexuel, une mère porteuse et vierge, et bien d'autres encore.
    Cette fable souriante, avec son regard et son ton malicieux, réinvente les chemins des chevaliers d'antan pour les situer au coeur du monde d'aujourd'hui.

  • Quand un vingtenaire désoeuvré, sans principes, sans attaches et sans scrupules tombe amoureux d'une grande et belle fille des beaux quartiers... Un premier roman aussi vif que drôle.
    Théo n'est pas du genre à se faire du souci dans la vie. Avoir de l'herbe de bonne qualité, des plans d'incruste réguliers et des copains disponibles pour regarder les filles depuis une terrasse ensoleillée suffisent à son bonheur. Il a une vingtaine d'années, sillonne Paris sur son scooter, ne fait presque rien, et ne souhaite qu'une chose : que cela dure.
    Et voilà qu'un jour, alors que Théo s'empoigne avec une clocharde qui lui demande de l'argent, une jeune fille élégante le reprend sur son comportement. Théo n'en revient pas : d'une part de sa beauté, d'autre part de son culot. La belle Diane, riche, bien élevée, pleine de principes, vient de débouler dans sa vie.

  • Humour, ironie et originalité caractérisent cet « Exquis d´écrivains » très personnel, dans lequel se lisent, outre les traditions les plus rustiques de la Bretagne (huîtres, crêpes, andouille, galette-saucisse...), des voyages (alcool...), des satires savoureuses concernant les habitudes culinaires parisiennes (critique gastronomique, invitation...) et d´élégantes rêveries érotiques (pêche, sitophilie, c´est-à-dire utilisation de la nourriture à des fins sexuelles ...).
    Après le singulierRequiem pour une huître, publié en 2000, Hubert Michel fait une incursion osée dans le registre parodique pour égratigner, d´une façon drôle et résolument contemporaine, notre société traditionnelle (communion, bénédicité...).
    Il nous donne un livre plein d´imagination et de surprises grâce au foisonnement des formes narratives (saynète, conte, dialogue, poème) et laisse une très grande place àla fiction. Un travail littéraire parfaitement abouti où les évocations les plus simples (pain, beurre, sucette...) sont de véritables moments d´anthologie.

  • 365 jours, 50 ruptures amoureuses, 70 bouteilles de pomerol, 1 chienne adoptée... Un désopilant marathon sentimental.

    " Cette histoire commence avec un rejet. Pour être franche, cette histoire est ponctuée de rejets. Celui que j'avais infligé dans la cruelle insouciance de mes dix-sept ans à un garçon qui n'en méritait pas tant, et celui qui allait me renverser comme une grosse boule déterminée à abattre toutes les quilles d'un seul et sale coup. Bang. " Qu'est-ce qui fait courir Julia Verdi, cette cadre de 37 ans haut placée dans une entreprise de bois à Montréal ?
    La recherche de gloire et d'argent ?
    Ses relations avec des hommes qui semblent parfaits sur le papier, mais qui la quittent les uns après les autres ?
    La maladie de sa mère, qu'elle fuit ?
    À force de ne pas se remettre en question, Julia court surtout le risque de finir seule et malheureuse.
    Mais un soir, au coin d'une ruelle, voilà qu'une petite chienne abandonnée tourne ses yeux noirs vers elle. Qui aurait cru que cet animal allait tout changer ?
    Un roman plein d'entrain qui ne se lâche pas. Une étonnante leçon de vie pour tous ceux qui tournent en rond.

  • " Pas mal , n'est-ce pas ? Cela vaut largement certaines niaiseries qu'on lit dans la NRF en tout cas. " Il y a quinze ans que Gérard J. attendait ce courrier. Quinze ans, et enfin la sixième version du manuscrit auquel il aura consacré tous ses efforts lui vaut un billet manuscrit de Philippe Sollers. Après les lettres types d'une politesse glacée, après les rapports de lecture aussi malhonnêtes qu'impitoyables, le plus illustre éditeur de Paris a donc consenti à répondre lui-même à cet éternel candidat à la " Blanche ". Il était temps : la négligence d'un seul homme ne privait-elle pas des millions de lecteurs du plus grand roman écrit depuis un demi-siècle ? Hélas, l'injustice et la mauvaise foi sont encore au rendez-vous... La maison Gallimard ne semble toujours pas prête à faire rayonner l'astre littéraire Tyrannicide ! Consterné par l'arrogance désinvolte de son interlocuteur, Gérard J. ne se résoudra pas à ce sixième refus sans exprimer une fureur et une frustration trop longtemps contenues. L'éditeur comprend-il bien qu'il lui a volé rien moins que sa vie ? Qu'il a condamné un immense écrivain, promis à une palpitante existence parisienne, à moisir dans un lycée technique de Pau ? À rester un vieux garçon offrant le plus clair de son temps à sa mère handicapée ?... Non, bien sûr. C'est pourquoi Gérard J. se voit contraint, dans une lettre à la férocité légitime, de lui exposer ses propres idées sur la notion de crime littéraire.
    Tout en jouant habilement avec les clichés qu'entretiennent " écrivains provinciaux en herbe " et " intellectuels parisiens " les uns au sujet des autres, Giulio Minghini propose, avec Tyrannicide, une désopilante partie d'échecs ; un duel entre pouvoir et talent, interprété sur une gamme d'ironie et de sarcasmes où s'éclairent définition et destin d'une oeuvre littéraire.

  • Fut un temps où tout était permis. Où tous les plus grands philosophes français, de Deleuze à Foucault, en étaient convaincus. Ce n'était pas il y a trois siècles. C'était hier ; ici, à Vincennes.0300 Bien sûr, au-travers de ce portrait vif et tapageur, la morne résignation de notre temps n´en est que plus frappante, mais cette lettre sans regrets ni amertume transmet tant d´énergie que l´on pourra y croire : le cadavre bouge encore !
    0400LA COLLECTION « LES AFFRANCHIS » Kafka n´est pas encore écrivain lorsqu´il rédige sa fameuseLettre au pèreavant de la ranger dans son tiroir. La lettre? qui ne parviendra jamais à son destinataire, était pourtant le seul et unique moyen, pour le jeune Kafka, de communiquer avec un homme qui le pétrifiait. En certaines occasions de la vie, seule une lettre peut permettre de dire les choses, de démêler les écheveaux d´incompréhension qui s´accumulent dans une relation. Mais passer à l´acte est difficile, risqué, pénible. C´est d´autant plus vrai aujourd´hui, puisque la correspondance est un exercice oublié : les volumineux échanges que pouvaient entretenir un Voltaire ou un Flaubert avec leur entourage n´auront pas d´équivalent dans la postérité. Il serait tout de même dommage que nos plus grands écrivains ne laissent pas dans leur oeuvre un témoignage de l´écriture épistolaire. Écrire une lettre, une seule, mais longue et dense, c´est donc la possibilité de tordre le cou à une vieille histoire et de s´en affranchir, mais aussi renouer avec une tradition littéraire et explorer la singularité de l´écriture à la deuxième personne. La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Écrivez la lettre que vous n´avez jamais écrite. »

  • " Les gens dans leur bon droit sont dangereux. " Un ciel bleu, une église, un mariage, une foule rassemblée pour célébrer l'amour, la montée vers l'autel, une mariée souriante... Une mariée aux yeux brouillés de larmes qui s'enfuit, laissant derrière elle l'homme de sa vie. C'était un an plus tôt, et la narratrice n'a plus jamais revu celui qu'elle a choisi de ne pas épouser. Elle souffre : il lui manque, elle lui écrit. Malgré son apparence criminelle, cette fuite devait sauver un homme et une femme de ce qu'ils repoussaient tous deux au début de leur passion : les conventions, les automatismes, la résignation. Elle se croyait aimée et donc comprise ; mais en cours de route, rattrapé par les réflexes du conformisme, il a oublié qu'elle ne lui avait jamais demandé de quitter sa femme, qu'elle aimait être sa maîtresse, qu'elle ne voulait pas d'enfant, et que l'amour qu'elle lui portait était absolu, puisqu'il était aussi amour de sa liberté. Or, la liberté semble demeurer le plus encombrant des cadeaux... À force d'entendre les héritières du féminisme décréter qu'une femme n'est jamais " complète " si elle ne devient pas épouse et mère, un homme peut-il admettre un discours différent de la part de celle avec qui il souhaite partager sa vie ? N'a-t-il pas, d'ailleurs, été forgé, éduqué, dressé par sa propre mère à ne jamais concevoir aucune autre représentation de la femme ?
    Avec l'originalité qui la caractérise, Pia Petersen pénètre dans la grande tragédie de l'incompréhension entre hommes et femmes pour observer le sentiment amoureux et son asservissement aux moeurs d'une époque. Depuis les paradoxes d'un temps où " le mariage et les enfants pour tous " se cogne à la valse des divorces et au surpeuplement, jusqu'aux vices cachés des esthétiques littéraires féminines, elle mène une savoureuse exploration de nos instincts primaires.

  • À vingt-quatre ans. LeoWïndsmith est l'héritier de la plus importante galerie d'art new-yorkaise. Windsmith et Kline. Son grand-père Miitthew l'a désigné pour lui succéder à la tête de son empire. La vie lui sourit jusqu'au jour où il rencontre Raphaëlle Debloye. Cette troublante Française, professeur d'histoire de l'art à Columbia, laisse planer des doutes sur l'origine de la fortune des Windsmith. Quand le mur de Berlin s'écroule, des centaines de tableaux volés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale remontent à la surface, attisant bien des convoitises. Et avec eux, des secrets longtemps cachés.

  • Martin Winckler raconte avec humour et tendresse les nourritures qui, après avoir bercé son enfance algérienne, rythment sa trépidante vie familiale, les dîners et casse-croûte marqués par sa passion pour les séries télévisées d'outre-Atlantique et les saveurs de l'Amérique de son adolescence.

  • Les confessions d'un enfant du millénaire...
    «- Tu veux savoir ce qui s'est passé ? Kenza hocha la tête. - C'était au moment où l'Otan prit la décision d'envoyer des troupes ici. Un jour ma feuille de mobilisation est arrivée à la maison et je me suis retrouvé dans le pétrin en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il revoyait la séance de tonsure et se rappelait avoir développé une haine sans nom pour le troufion chargé de l'office. Puis il y avait eu la vaccination, le marquage en chaîne avec des pistolets à sérum. Sans oublier la séance d'instruction politique où on leur assura que l'Afghanistan c'était la nouvelle guerre d'Espagne, qu'ils étaient des sortes de Brigades internationales, qu'ils ne resteraient pas longtemps, bien moins longtemps que les Soviétiques, qu'ils gagneraient beaucoup d'argent. Lucas expliqua à un bureaucrate en treillis qu'il était monté quelquefois à cheval, qu'il s'était fait une trouille bleue en risquant un jour un saut à l'élastique du haut d'une grue publicitaire, enfin qu'il se débrouillait dans les langues indo-européennes, en arabe, en persan.
    Alors ils m'ont collé l'étiquette d'interprète attaché au régiment héliporté et nous avons décollé en pleine nuit pour nous fondre aux étoiles. Il avait appris à vivre dans les airs. À lire, se raser, se saouler, manger et faire ses besoins. Il y avait vu des concerts de rock'n roll, un maréchal frapper l'enclume et activer le soufflet à deux mille pieds d'altitude ; il avait servi d'infirmier pour une opération urgente de l'appendicite et soigné maintes blessures de combat dans cette soute transformée en écurie. Il l'avait curée et avait déversé des brouettes de crottin dans le ciel, avait vu mourir ses camarades, l'un après l'autre, dans le ciel mais aussi sur terre, dans des lieux et des conditions où il ne pouvait s'agir que de mourir, et il en avait entendu qui criaient avant d'être exterminés : " Ce n'est pas juste ! ce n'est pas juste ! ", comme si la justice avait quelque chose à voir là-dedans. » D'ailleurs qu'ajouter ? Ici ni champ d'honneur ni héros. Pas d'ennemi déclaré, mais une embuscade aussi sauvage qu'irréelle qui laisse le soldat moribond sur les contreforts du massif de l'Indou Kouch. Il se croyait " de passage ", il reste caché là des mois. C'est à Kenza, une jeune pianiste afghane, qu'il doit son retour à la vie. Avec toute la force d'un amour condamné d'avance, elle l'écoute inlassablement raconter d'autres deuils, d'autres amours, mais aussi d'autres montagnes, où, jadis, il s'initiait au mystère de l'Univers en pêchant la truite.

  • De Anorexie à Zan, vingt-six petites mises en appétit d´une femme d´aujourd´hui qui court sans cesse entre le bureau, les dîners professionnels et nourrit malgré tout sa famille et ses amis d´une façon bien à elle. Elle fait sourire un quotidien gourmand où nous nous reconnaissons tous, et brosse avec ironie le tableau de quelques travers de notre époque.
    Cette traductrice et amie de Manuel Vázquez Montalbán, née à Béziers d´une famille espagnole et catalane, et dont l´Andorre fut le lieu privilégié de son enfance, nous fait partager son goût pour la péninsule Ibérique, les repas conviviaux, nous ouvre l´intimité des cuisines où se préparent les plats, se font les devoirs, les mises au point familiales et les confidences.

  • Basile Polson fait son coming out. François Reynaert nous fait rire0300Lors d´une conférence de rédaction du magazine «Le Journal», on confie à Basile Polson (le héros de «Nos amis les journalistes») le dossier sur la «nouvelle vague homo». Pourquoi lui ? Horreur, panique... Vingt ans de honte plus ou moins refoulée, de mal-être, remontent à la surface. Cette petite catastrophe va l´amener à: 1° faire son coming out; 2° rencontrer l´amour de sa vie; 3° porter un regard neuf sur la vie de couple: celles des homos et celle des hétéros...Alors qu´il commence à vivre avec son ami Victor à l´âge où les couples un peu anciens commencent déjà à battre de l´aile (autour de quarante ans), Basile observe autour de lui ses amis hétéros (tout particulièrement les Parfay, Guillaume et Anne-Rose) se déchirer, perdre pied et s´enferrer dans leurs «de toute façon les nanas c´est comme ci...» ou «les mecs c´est toujours comme ça...».À travers les tribulations drôles et touchantes de Basile Polson, François Reynaert bat en brèche tous les clichés sur le couple et s´interroge sur le masculin et le féminin.

  • «Lazare»: François a fait une syncope à vingt-cinq mètres de profondeur. Une plongeuse l´a sauvé in extremis. Avec lui sous son bras elle a crevé la surface, trop vite. Il a récupéré mais elle est à l´hôpital depuis des mois. Lorsqu´un jour on sonne à sa porte, il la reconnaît. Elle entre. Ils ne disent rien. Ils se sourient.
    «En attendant que ça s´apaise»: Ulysse et Louise. Scène de ménage. Elle crie, il grogne, ils sont comme toujours sur le fil du rasoir, proches de l´irréversible. Les enfants assistent au manège, pleurent en silence. Soudain le poing d´Ulysse transperce la baie vitrée. Le sang jaillit abondamment de son poignet. Glacée d´effroi, Louise retrouve des paroles douces. Elle ne pense pas à appeler l´ambulance.
    «Confusion»: Jeannette est venue voir son père le week-end dernier. En rentrant chez lui après l´avoir raccompagnée au train, un ambulancier attend le père chirurgien: Voilà deux jour que l´on essaie de vous joindre, mais votre portable est éteint et votre téléphone toujours occupé. Le patient admis aux urgences est mort. Sa famille a jeté sur le chirurgien une meute d´avocats.
    «Rencontre en mars»: Au supermarché, un cri transperce "Les Quatre Saisons" améliorées de Vivaldi: Tu ne me reconnais pas? je suis Françoise, du lycée. Viens, allons prendre un verre! Anita n´a jamais vu cette Françoise, pourtant elle va jouer le jeu...
    «Tu pleureras avant ce soir» est un recueil de nouvelles en forme de galerie de portraits. Un bol qu´on essuie, un mot que l´on aurait dû dire, un papillon de nuit qui vibre dans un verre d´eau... Le paysage intime que brode Poumirau est à la fois d´une simplicité brute et d´une immense intensité. Il lui suffit de quelques mots, d´une demi-phrase, pour faire naître la vie, créer un univers.

  • Amérique, Grèce, Tasmanie, Russie, Irlande, Italie... Denis Grozdanovitch nous propose un véritable tour de la planète pour nous faire goûter ses rêveries et ses bonheurs de gourmet curieux de tout et attentif au moindre détail. Sans se départir de son sourire, toujours en compagnie des auteurs avec lesquels il aime flâner et regarder le monde, il n'hésite pas à mettre à son menu des anecdotes osées, véritables petits chefs-d'oeuvre d'humour noir.L' « Exquis d'écrivain » de Denis Grozdanovitch recense, avec une minutie réjouissante, émerveillements et sensations dans un " autoportrait en gourmandise " marqué par une nonchalance et une drôlerie inimitables. Des saynètes de l'enfance aux aventures risquées dans les bars après les tournois de tennis, de la fascination pour une tasse de thé aux hypoglycémies d'un champion, il réussit admirablement à transformer le lecteur en complice et ami.

  • Molière vient de monter Le Misanthrope. Alceste est furieux, humilié, déshonoré. Lui, l´être au goût exquis, le véritable aristocrate du savoir, le défenseur des vertus foulées au pied par flatteurs et courtisans, le gentilhomme infiniment supérieur aux petits marquis que cette diablesse de Célimène a le culot de lui préférer... Voilà qu´on ose le railler sur scène ? Hésitant toujours à partir au désert, Alceste se tourne, en désespoir de cause, vers son maître en misanthropie - un maître éternel, qui a tout vu, tout entendu, tout senti, et de tout temps - sans deviner que ses jérémiades vont provoquer un torrent de fureur. Outré par les simagrées de son ancien élève, Maxence Caron s´énerve et songe d´abord à les ignorer : après tout, pourquoi un misanthrope émérite viendrait-il au secours de qui que ce soit ? Difficile, cependant, de ne pas saisir cette trop belle occasion de dire à un disciple en herbe ce qu´est la misanthropie, loin de toute caricature. Il est temps de montrer à ce pauvre Alceste que le monde est encore plus ridicule, corrompu, encore plus nigaud que la cour de paons désignée par Molière, et que le désert ne peut servir de refuge à celui qui ne renonce pas à croire en l´humanité. Car tout est là : un misanthrope, un vrai, ne déteste les siens que parce qu´il conserve préalablement en lui la plus haute idée de l´esprit humain, une foi en la beauté, la douceur, l´harmonie et la sagesse.

    Pour parvenir à retrouver cette image de la perfection humaine, à comprendre d´où elle provient, le misanthrope devra regarder droit dans les yeux les horreurs de la société où il est né. En somme, pour accéder au Paradis, encore faut-il avoir désigné où se situe l´Enfer et s´être patiemment imbibé de l´enseignement d´un purgatoire. Prenant Alceste par la main, Maxence Caron le mène dans une nuit de Walpurgis où défilent les figures grimaçantes d´artistes, d´écrivains ou d´hommes politiques infiniment plus nocifs que ceux qu´Alceste a condamnés sur la scène du Misanthrope. Une fois décillé, Alceste sera prêt à comprendre le rôle élévateur de la musique et à s´approprier ses symboles, pour savoir entendre et écouter d´invisibles beautés, grâce à Liszt, Schubert, Beethoven et Bach, qui réconcilient l´entendement et la sensibilité dans l´âme du misanthrope le plus aguerri. Alors seulement, la misanthropie devient un art, un exercice humaniste hors des circonstances, parfaitement ontologique, et même un droit divin. Car en profondeur, la joie et la misanthropie ne sont pas opposées.



    Lettre leçon, lettre roman d´initiation, lettre à la circularité proustienne et à la structure de Divine Comédie, lettre de flamboiement stylistique étourdissant, lettre fleuve sur la nécessité de s´élever misanthrope - et non de tomber misanthrope - afin de savoir encore entendre, apercevoir, aimer ce qui est beau, ce qui mérite notre dévotion, cet extraordinaire opus des « Affranchis » s´adresse bien sûr, à travers la figure d´Alceste, à un destinataire que nous connaissons très bien : nous.

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