Alma Editeur

  • Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s'approche l'instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l'action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes. Tout ébaubi de voir tant de pays, on découvre les aventures extraordinaires d'un jeune garçon solitaire qui, parce qu'il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d'un gardien de moutons capable de gagner la guerre d'Irak ; les canailleries d'un détrousseur pendant l'épidémie de peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes.
    Véritable pochette surprise, ce premier roman ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l'improbable.

  • La part des nuages

    Thomas Vinau

    Tout va vient, la mer est calme, Joseph, 37 ans, mène sa barque comme il peut. Comme tout le monde. Atteindre le soir, le lendemain. La fin du mois. Les prochains congés. Finalement rien n'a changé depuis l'enfance. Si ce n'est qu'il n'est plus un enfant, qu'il en a un, Noé, et que le bateau prend l'eau. La mère de l'enfant s'en va puis l'enfant à son tour - le temps des vacances.
    Joseph déboussolé prend le maquis. Le baron perché se serait réfugié dans son arbre, Alexandre le Bienheureux dans son lit, Robinson dans la boue de ses sangliers. Joseph, lui, commence par grimper dans la cabane qu'il a construite dans un arbre du jardin. Object : ranimer ses rêves. Puis il découvre un second refuge : les autres, leurs histoires, leur présence ; celles d'une jeune fille et d'un clochard notamment. Avec l'obstination placide d'une tortue qui cherche sa première fleur de pissenlit, Joseph traverse la nuit, essuie l'orage. Victorieux, décrotté, prêt à tout.

  • Ici ça va

    Thomas Vinau

    Un jeune couple s'installe dans une maison apparemment abandonnée. L'idée ? Se reconstruire en la rénovant. Tandis qu'elle chantonne et jardine, lui - à pas prudents - essaie de retrouver ses souvenirs dans ce lieu qu'il habita enfant. Ses parents y vécurent heureux, avant que la mort soudaine du père coupe le temps en deux. Dans ce paysage d'herbes folles et d'eau qui ruisselle, ce sont les gestes les plus simples, les évènements les plus ordinaires qui vont réenchanter la vie : la canne à pêche, la petite voisine, les ragondins, la tarte aux fruits, l'harmonica. Petit à petit, il reprend des forces et se souvient tandis qu'elle lui fait le plus beau des cadeaux en ne lui demandant rien : " Elle n'a pas besoin d'être confortée sur ma virilité. Ma capacité à être un bonhomme. À construire. À la protéger. Elle n'aime pas ma perfection. Ça tombe bien. J'apprends à ne plus écouter la chanson lancinante de mes plaintes. J'apprends à rire plus fort. J'apprends à recommencer. "

  • Le voyage géographique et intime d'un jeune homme.
    Walther quitte la femme qu'il aime pour aller vagabonder du nord au sud, des Flandres laiteuses jusqu'à l'Espagne éclatante. Un voyage qui finira par le ramener presque par hasard à l'essentiel, vers celle qui a su le laisser partir et attendre leur enfant. Composé d'instantanés d'une grande délicatesse, ce roman est conçu en deux parties : les jours d'errance puis la vie à demeure, les lointains dépaysants et l'art des petits riens.

  • Un livre, c'est d'abord une voix. Ici celle d'une femme qui tient chronique des jours qui passent en songeant, comme le faisait Gauguin, qu'on se fout de la réalité. De toutes manières, la vie est si pleine de choses redoutables.

    Surgissent une femme de ménage- Céleste- qui porte le même prénom que celle de Marcel Proust, un fils rebelle, un lapin nain nommé Grateful, un rat frileux, des buffles, un chat impossible à abandonner, sans oublier Flush, le seul épagneul immortalisé par Virginia Woolf.

    Et ce n'est plus un livre mais une fable urbaine et légendaire, où bouillonne notre condition humaine.

  • Le père est un texte écrit à la première personne. Un long monologue, celui d'un homme qui se retourne sur son passé suite aux questions de ses enfants. Tout jeune, il voulait une ferme, l'acheter, l'exploiter. C'est ce qu'il connaissait, ce qu'il souhaitait. À l'époque il pensait que les choses étaient simples, que la vie était simple. Alors il a suivi des études de technicien agricole, il a acheté une ferme, l'a exploité. Il était heureux, sa femme et les enfants aussi. Puis, en 1977, à 30 ans, c'est la faillite. La fin des paysans, la politique agricole commune.
    En contrepoint du récit du père qui se souvient, se demande ce qu'il pense et cherche à comprendre comment cela a pu se passer, les enfants, d'une seule voix, racontent les souvenirs heureux de leur enfance. Comme un refrain, une comptine, la mémoire des beaux jours dont le père dans son désarroi ne se souvient plus.
    Écrit dans une langue élégante et qui chante, le roman de Stéphanie Chaillou raconte la perplexité et l'énergie d'un être devant les bouleversements du monde.

  • Dans une ville de province aux faux airs de Far West un garçon tendre et curieux découvre qu'il n'est pas le seul à se sentir isolé.


    Un garçon et une fille s'éprennent tandis que la caissière cherche laborieusement le code-barres d'une boîte de maquereaux. Il s'attache à un collègue en manutentionnant des palettes de conserves pour animaux. Puis il remercie la propriétaire de son petit appartement pour la tarte aux pommes qu'elle lui apporte. En un mot il apprécie la vie telle qu'elle est. Mais, s'il a bien compris que les chiens ne volent pas - contrairement aux claques - il ignore encore l'usage que l'on peut faire d'un revolver.
    Avec un sens de l'économie du récit sidérant, Guillaume Siaudeau nous raconte le sourire aux lèvres l'épopée ordinaire d'un doux rêveur qui se lance dans la plus belle des aventures, celle qu'il appelle " le monde et moi ".

  • Rester sage

    Arnaud Dudek

    À 26 ans, Martin Leroy perd tout du jour au lendemain : sa petite amie, partie avec un collègue, et son emploi. Il vendait des voyages organisés dans une petite entreprise cédée par le propriétaire à un groupe qui a restructuré et licencié. Martin voudrait que sa vie redevienne comme avant, il décide donc d´agir en allant, un marteau dans son sac, voir son ancien patron qui s´est offert une place au soleil. Heureusement, celui-ci est absent. Martin s´installe dans un bar pour attendre. Il y rencontre un ancien camarade perdu de vue depuis des années, son antithèse à priori : nanti d´un travail, d´une fiancée ; lui sait comment occuper ses journées.

    Leur rencontre nous donne l´occasion d´en apprendre un peu plus sur l´enfance rocambolesque de Martin auprès de sa mère-enfant vendeuse de chaussures que ses délires finiront par mener à l´hôpital psychiatrique. L´occasion aussi d´éviter le pire : les deux amis finiront la journée comme ils l´ont commencé : sagement, mélancoliquement, cruellement conscients que leur vie n´est pas vraiment fabuleuse et qu´il faudrait faire quelque chose... mais quoi ?



    Rester sage est un premier roman tout en légèreté qui alterne les énumérations, les digressions, les scènes urbaines jouées par des archétypes familiers (la buraliste, le lycéen, les grands-parents, le patron, etc.). Ce texte exprime avec talent une vision très contemporaine des craintes de chacun, face à l´emploi et à la vie qu´il faut bien mener même si l´on n´est pas sûr de savoir naviguer.

  • La fille surexposée

    Valentine Goby

    De 1900 à 1950 se multiplièrent les cartes postales coloniales : femmes-objets " couleur locale " ou costumées selon les standards aguicheurs du moment. Aujourd'hui l'artiste marocain Miloudi Nouiga balafre de peinture ces photos dans un geste doublement

  • Un petit bout de terre perdu au milieu de la mer, un bouchon dans l'eau qui attend que ça morde. C'est là, sur l'île de Sainte-Pélagie, que s'installe un été le narrateur. Son ami Henri parti en voyage lui a confié la garde de la maison, du chien et du jardin. Une aubaine pour le narrateur qui s'ennuyait ferme. Bien décidé à sauver le potager des ronces et sa vie de l'atonie douce, il prend ses marques, observe le paysage, arpente ce nouveau territoire. Et fait d'étranges rencontres : un enfant inconsolable, un maire iconoclaste, un voisin au lourd secret, deux chasseurs d'étoiles... Petit à petit il se prend d'affection pour cet endroit unique et surprenant. L'île pourrait tout aussi bien être une planète perdue dans l'espace. Ce confinement dans un endroit improbable au large de nulle part confère à son expérience îlaise et à ses rencontres l'intensité d'un retour au monde.
    Lorsque son ami revient, notre narrateur fait, à regret, ses bagages mais prend soin de tapisser de sable le fond de ses chaussures. " Désormais, j'irai au boulot en traversant la plage, aux enterrements en traversant la plage, à mes rencarts en traversant la plage ".

  • Les fuyants

    Arnaud Dudek

    Dans la famille Hintel quatre hommes décident d'en découdre avec la filiation. Mais l'herbe est-elle vraiment plus verte ailleurs ? Une tragi-comédie tendre et rosse, désopilante à souhait, construite comme un Rubik's cube.


    Jacob, David, Simon et Joseph Hintel n'ont pas vraiment l'esprit de famille chevillé au corps. Les uns après les autres, ils s'évaporent. Adieu famille, moquette et vieillesse : la vie, même ordinaire, est ailleurs. Courage, partons. Les trois premiers fuyants connaîtront des fortunes diverses : Jacob pose ses valises au pays de l'ennui (sidéral), David choisit les contrées éternelles (il avale un insecticide), Simon part en quête de sagesse à marche forcée (en devenant oncle actif à défaut d'être mari ad hoc). Seul le petit dernier, Joseph, hacker farouchement marxiste et amoureux transi, brise la ligne de fuite et les habitudes de la tribu.
    Après Rester sage, retenu dans la sélection finale du Goncourt 2012 du premier roman et traduit aux Pays-Bas, Arnaud Dudek propose une nouvelle tragi-comédie. Ici, les personnages voudraient ne pas rester sages mais le demeurent, malgré eux. Enlevée, savamment organisée, sa mini-saga familiale, écrite en phrases courtes qui font mouche, file les chagrins et les drames de la filiation d'une voix rieuse et parfois narquoise.

  • Dans son troisième roman publié chez Alma, Arnaud Dudek l'écrivain le plus narquois du moment, raconte l'histoire de deux solitudes couvertes par la banquise. Françoise, veuve, septuagénaire, peine à avancer depuis que son mari s'est éclipsé dans des circonstances aussi flamboyantes que pathétiques. Jean-Claude, jeune père divorcé, cache pas mal de bosses sous sa lisse bonhomie.
    Aimantés par le hasard (qui prendra la forme d'un appareil photo perdu) ce duo improbable découvrira - en commençant par un petit porto - les bienfaits du réchauffement climatique. Jean-Claude apprendra à Françoise à manier l'ordinateur et les clubs de rencontre. Françoise l'encouragera à être fier de lui.
    Autour d'eux gravitent en un ballet d'insolites trajectoires quelques personnages un rien fantasques : juriste qui se rêve dessinateur, couple de magiciens has been, blonde aussi piquante qu'un cactus, malfrats sur le retour... On peut les classer en deux catégories : les intrépides, genre même pas peur. Et les frileux, auxquels l'auteur, réserve un traitement de faveur : doucement, il les réchauffe, leur souffle dans le bec, pose quelques sparadraps et leur redonne des couleurs.
    Avec beaucoup de gaieté, Arnaud Dudek nous offre ici de fines tranches de vie. Du léger raconté avec sérieux. Et inversement...

  • Au début

    François Bégaudeau

    Au commencement était la grossesse, le ventre rond, empli de vie, gros de promesses. Mais aussi d'appréhensions, de réflexions, de souvenirs... Car l'attente de l'heureux événement engendre une foule de sentiments et de mouvements contradictoires et c'est pour les futurs parents l'occasion, souvent, de faire le point sur leur propre existence.

    Avec Au début François Bégaudeau nous entraîne dans l'infini mystère de la gestation et signe un magnifique recueil de récits pleins de suspense, d'humour et d'amour sur la maternité.

  • American gothic

    Xavier Maumejean

    "Hollywood vit les heures troubles du maccarthysme. Les enquêtes s'entrecroisent autour d'un mystérieux auteur de contes et légendes urbaines dont le succès populaire est immense. Xavier Mauméjean tire de ce patchwork policier une évocation généreuse et vertigineuse des États-Unis à la conquête de l'imaginaire mondial.

    Jack L. Warner, le puissant patron de la Warner Bros veut damer le pion à son rival Disney. Il décide d'adapter pour le grand écran Ma Mère l'Oie, un recueil de contes, contines, anecdotes et légendes urbaines dont les Américains raffolent, plus populaire que Moby Dick ou Le magicien d'Oz. Mais nous sommes en 1953, à l'heure de la guerre de Corée et de la « chasse aux sorcières », menée par le sénateur McCarthy. Warner ordonne qu'on enquête sur l'auteur de Ma Mère l'Oie, un certain Daryl Leyland. La mission est confiée à l'un des obscurs scénaristes qui attendent leur heure dans les coulisses d'Hollywood : Jack Sawyer. À lui de « nettoyer » la biographie de Leyland, rectifiant tout ce qui heurterait le conformisme moral et politique.
    Ainsi s'ouvre le dossier Leyland. Par recoupements, l'enquête croise témoignages, fiches, rapports, chansons, poèmes, saynètes... American Gothic voyage à travers les États-Unis et son histoire à la recherche de ce gamin de Chicago et du dessinateur Van Doren, tous deux, initiateurs d'un imaginaire brut.
    Xavier Mauméjean fait revivre la prodigieuse inventivité d'une jeune nation se forgeant sa propre mythologie. Mais ce monde merveilleux de l'enfance toute-puissante et de la naïveté géante révèle aussi la part sombre du rêve américain. « Si tu ris, tu es un homme » enseigne Ma Mère l'Oie. Si tu souffres, reste optimiste. Mais le Nouveau Monde n'a-t'il pas perdu son innocence ?"

  • Marcus

    Pierre Chazal

    Hélène, toxicomane, confie son fils à son meilleur ami avant de suicider. Pierrot, la trentaine, hésite devant une telle responsabilité. Marcus n´a pas dix ans et lui se lève aux aurores pour travailler sur les marchés du Nord. Mais toute la bande d´amis avec qui il fit les quatre cents coups se porte volontaire pour l´aider à s´occuper de l´enfant. Dès lors, Pierrot l´écorché au coeur tendre se met à croire que le bonheur est à portée de main, même si son propre père n´a su lui donner que des coups. C´est compter sans les affres du destin qui le conduisent, lui l´innocent, la victime en préventive pour homicide. À l´intérieur des murs, la survie s´organise. Dehors, Marcus l´attend.

  • À 40 ans, Janis-Pearl, capitaine de la Brigade des Moeurs vit seule avec son chat à Paris. Après une enquête qui tourne mal par sa faute et son entêtement, elle quitte la police. Comme elle vient d´hériter de son père, rock star déjanté des années 70, elle projette d´acheter une maison dans les Alpilles où réside Jade, sa seule amie. Elle n´a pas uniquement hérité d´une jolie fortune - de son père, elle tient son prénom aussi psychédélique que l´était sa mère, emportée ad patres par les paradis artificiels. Et pas mal de blessures sans nom.

    Installée chez Jade et Toni qui tiennent une maison d´hôtes, flanquée d´un mentor en la personne du voisin Victor, Janis se lance dans sa nouvelle vie avec application. Jusqu´au moment où près de là, une petite fille, placée dans une famille d´accueil, disparaît. Contre toute attente et malgré son expérience, Janis refuse de se mêler de l´affaire. À l´inverse, elle se passionne pour les révoltes et désarrois d´Emma, la fille du couple de notables dont elle envisage d´acheter la maison. Persuadée qu´Emma est battue par son père, l´ex-flic de la brigade des Moeurs prend fait et cause pour l´adolescente. Elle accepte de l´aider au point d´organiser un chantage.

    Que cherche donc Janis-Pearl, cette drôle de fille d´un « drôle de genre » ? Quel est ce secret dont elle est incapable de parler ? Quelles ombres risquent-elles de surgir des ténébreuses affaires dans ces Alpilles en plein soleil ?

  • Dégoût

    Laëtitia Chazel

    Découvrez Dégoût, le livre de Laetitia Chazel. Bart, jeune avocat brillant, est fauché un soir par un conducteur qui prend la fuite. Le voilà privé de son odorat, de son goût, et de sa libido. En proie au plus noir désespoir, il abandonne sa femme, son emploi, ses amis et songe à en finir.
    Mais sa rencontre avec RR, propriétaire de palaces, change la donne. L'accident a en effet développé chez Bart la capacité de détecter les véritables intentions de ses interlocuteurs. Un talent inestimable pour le magnat redoutable et paranoïaque.
    Savoir avec qui s'associer, négocier en confiance, pouvoir écarter et éliminer les mauvais chevaux : le dégoût extralucide de Bart est la parfaite martingale ! Il devient le renifleur personnel de RR et se voit offrir, en échange, des soirées culinaires raffinées, de l'argent, un médecin très particulier. Et une amitié de plus en plus suspecte au fur et à mesure de leur voyage édifiant dans le monde des palaces.

  • Véra et Vincent vivent dans deux mondes différents : l'une est chercheuse en physique et maîtrise parfaitement la théorie de " l'inséparabilité quantique ", l'autre, professeur de littérature, aime Proust et Les affinités électives de Goethe. Tous les deux cependant subissent les lois de l'attraction, s'aiment et se quittent régulièrement, le plus souvent par mails et mobiles selon un processus qui semble ne pas avoir de fin.
    Sur le thème du couple et de l'impossible séparation, Michel Schneider livre un roman brillant, incisif et délicieusement savant. Une histoire dure et sombre aussi car si ces deux personnages, plus virtuels qu'incarnés, ne peuvent se quitter c'est que, finalement, ils ne sont jamais rencontrés. Alors que sur leur chemin, les amoureux accrochent des cadenas aux ponts qui enjambent la Seine, eux cherchent en vain la clé d'un amour post-moderne plus vénéneux qu'il n'y paraît.

  • Paris, automne 2011. Balthazar, 26 ans, erre comme une âme en peine depuis l'internement forcé de son grand frère Stan. Les bords de Seine sentent la vase, les cuites à gogo n'y font rien. Tout l'ennuie, tout l'écoeure dans cette ville rongée par la gal

  • Massalia Blues

    Minna Sif

    C'est dans le quartier populaire de la porte d'Aix à Marseille que débute le roman de Minna Sif. Au milieu des trabendistes, des mendiants, des bandits gourmés et des jeunes prostitués. Parmi eux se trouve Brahim, homme superbe et véhément. Arrivé clandestinement il y a quinze ans, il refuse de demander des papiers à la préfecture. Et tout autant de louer un gourbi au marchand de sommeil qui sévit dans le secteur.
    Clochard céleste, conteur roublard, Brahim pousse son caddie dans la ville basse qui bouillonne de vie. Il nous conte, chemin faisant, l'histoire violente, féroce, ensanglantée et comique de sa vie de chaque côté de la Méditerranée. Homme de là-bas et d'ici, il vient d'abord de ce lieu extraordinaire pour un homme : le pays des femmes. Les voilà toutes, déferlantes, hardies, bavardes et moqueuses. Fadéla la dégourdie, la mère de Brahim. Zina la morte, sa maîtresse. Leïla, la pute aux canines d'or. Grand-mère Haffida qui dévore pour survivre à la brutalité des hommes. Fatem la poétesse. Et, pour finir, Antoinette la blonde marseillaise.

  • Ocean park

    Ludovic Debeurme

    Deux frères. L'un multiplie compulsivement des aventures, tel un chasseur nocturne. L'autre, SDF et psychotique, s'invente un monde parallèle en créant une tente-igloo, digne du Nautilus, tout à la fois Jules Verne et capitaine Nemo.
    Depuis leur enfance, les deux frères ont été abandonnés par leurs parents.
    Le père, toutefois, se manifeste auprès du " chasseur nocturne ". Il annonce la maladie incurable de sa mère. Le chasseur part alors à la recherche de son frère et de sa tente igloo, pour le conduire dans une île du Pacifique, forteresse et pays des merveilles où leurs parents se sont réfugiés.
    Les retrouvailles sont interrompues par une tempête aux allures de Jugement dernier. L'île et les parents disparaissent dans les eaux. Les deux frères à bord d'un radeau de fortune, surmonté de la tente igloo, nouvel abri, nouveau ventre, errent sur les eaux en attendant la mort.
    Ludovic Debeurme réinvente un réalisme magique, tout en retenue. C'est une histoire de famille à la mode du XXIe siècle, une quête de repères, une évocation merveilleuse de l'inquiétante étrangeté. Mais aussi l'espérance rétablie dans ses droits.

  • Je n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre raconte une fugue. Celle d'un homme impatient, très secret, compulsivement organisé. Il quitte tout et part en voiture rejoindre 2 000 km plus au nord une jeune fille qui a froid. Son appartement est en ordre, son associée s'occupera de la galerie, ses amis croiront la ligne en dérangement. Il ne compte pas revenir. Ne reviendra pas.
    Avec la rigueur d'une épure, sec comme le claquement d'une arme, ce trajet sans retour, entre asphalte et bord de mer, pousse à bout le silence d'un homme qui ne se dit pas tout. Amour, jouissance, émotions : rien ne le relie au monde. Comme si tout n'était que logiciel, et le Mal une apesanteur. Ce premier roman récuse avec une rare maîtrise notre nouvelle ère glaciale.

  • Alors qu´il travaille sur un film, Alter Rachkess refait le montage des heures de sa vie. Il les revoit comme les revoient, dit-on, ceux qui meurent. Au fil des lumières, des prénoms, il retrouve les femmes aimées, leurs yeux, surtout.

    Alter affronte aussi son frère si proche et si lointain, comme on se bat avec une ombre.

    Son histoire s´inscrit dans le destin des Juifs d´Europe : les grands-parents sont venus de Lituanie en France, le père se réfugie dans les Alpes durant l´Occupation. Tous entretiennent un rapport complexe avec Israël.

    Pour Alter, la vie devient un meurtre sans mobile apparent. Il en cherche la clé. Il s´interroge, entre Paris, Tel Aviv, Jérusalem, New York, Vilnius, le plateau du Golan ou les canyons du Colorado. Malgré les violences d´un siècle assassin il n´aspire qu´au silence, à l´absence, à la poésie.
    « Nous sommes de partout et de nulle part », écrivait déjà son grand père un soir de lune en avril 1944. « Toutes les heures blessent, la dernière tue », lit-on sur une porte d´église criblée d´éclats d´obus. Mais Alter poursuit son puzzle, en quête de la pièce manquante sur le rythme implacable et menaçant d´un compte à rebours, d´un révolver qu´on arme, d´une mine qu´on amorce.

  • Un architecte poursuivi par ses échecs depuis la mort de sa femme répond à un appel d´offre international quant à la réalisation de logements sociaux. Il fut l´auteur d´ensembles monumentaux : le Forum de Barcelone 2015, le Stade des J.O. de Pékin 2018, le Château aux 365 fenêtres de Kob.

    Parmi les critères de sélection des investisseurs, il en est un pour le moins insolite : faire coïncider le psychisme des habitants avec la forme de l´habitation afin de résoudre le mal-être des habitants des quartiers sensibles.

    L´agencement des lieux catalysera la mémoire des occupants pour les orienter vers un avenir meilleur. Le narrateur est le seul candidat occidental, tous les autres postulants viennent d´Inde, de Chine, d´Afrique. L´enjeu : s´affirmer maître en manipulations psychiques, être un « architecte des Coïncidences ».

    Durant son évaluation, les recruteurs lui demandent de narrer l´une de ses oeuvres les plus modestes : deux maisons voisines rigoureusement identiques dans l´une desquelles la femme de l´architecte est morte. Accident ? Meurtre ? Si la femme du candidat a été tuée par la seule magie de l´architecture, il sera reconnu maître ès-Coïncidences et obtiendra le chantier.

    L´architecte va décrire sa maison étage par étage, pièce par pièce. A-t-il programmé la demeure pour assassiner son épouse ? Convaincra-t-il les recruteurs de son talent ?

    Voici la maison du futur. Une merveille d´intelligence artificielle dans l´ombre de laquelle se tapit le très vieux cerveau reptilien.

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