Littérature traduite

  • Avant sa mort, survenue le 7 novembre 2016 à Los Angeles, Leonard Cohen a passé de longs mois à reparcourir ses carnets, nombreux et étalés sur des décennies, pour opérer une sélection de textes en bonne part inédits (poèmes, chansons, extraits de ses carnets de notes) qui, accompagnés de dessins marqués par
    l'autodérision, composent le livre qu'il décide de laisser à la
    postérité, comme un dernier cadeau plein de vie : plein de toute sa vie.
    On retrouve bien sûr dans ces pages les thèmes de prédilection de celui qui a commencé sa carrière comme poète et romancier, avant de devenir aussi le musicien mondialement célébré qu'on connaît. Il est question d'amour, de passions, de jalousie et de peur de l'abandon, de flamme jamais éteinte, de sexualité, de relations entre les êtres, du temps qui passe et laisse ses traces, de religion aussi, d'aspiration à la sagesse, d'états dépressifs et mélancoliques toujours teintés d'humour.
    Traduit de l'anglais (Canada) par Nicolas Richard

  • En rentrant d'une soirée bien arrosée, Œdipa Maas, jeune femme de vingt-huit ans, reçoit un courrier d'un certain Metzger, avocat. La lettre lui apprend qu'elle est l'exécutrice testamentaire d'un ex-petit ami, Pierce Inverarity, magnat californien de l'immobilier. Afin d'honorer ses dernières volontés, Œdipa quitte sa ville pour San Narciso et s'installe dans un motel. Elle y fait la connaissance de Metzger qui l'épaulera dans ce qui devait être une simple formalité...
    Sauf que le legs est étrange : en plus d'usines et de biens immobiliers, son ex possédait une collection de plusieurs milliers de (faux) timbres. Et fortuitement, d'étranges coïncidences surviennent : dans le bar " Le Scope " qui semble être le seul lieu animé de San Narciso et qui est rempli d'ouvriers travaillant dans une usine de Pierce Inverarity, Œdipa et Metzger rencontrent un jeune spécialiste de l'histoire des Postes depuis le XVIe s., un postier qui fait sa tournée de courrier en nocturne, trouvent des messages secrets dans les toilettes du bar... À cela s'ajoutent la découverture d'un trafic d'os humains ainsi qu'une pièce de théâtre du XVIe traitant des Postes illégales. Tous ces signes sans connexion apparente seront le point de départ d'une enquête dans laquelle les personnages déjantés plongent dans le smog californien et dans un espace-temps.

  • Né en Bucovine en 1936, Norman Manea a été déporté dans un camp de concentration en Transnistrie, en 1941, comme l'ensemble de la population juive de cette région. Ses grands-parents y périront. À son retour, en 1945, il est fasciné par l'utopie communiste, mais s'aperçoit très vite de la réalité cruelle, perverse et tragi-comique de ce régime totalitaire. Dès lors, la littérature se présente à lui comme un véritable refuge. Poussé à l'exil en 1986, d'abord à Berlin-Ouest, puis à New York, il se voit privé de son dernier asile et seul ancrage, sa langue.
    À l'occasion d'un séjour en Roumanie en 1997, le temps se décloisonne : la mère est morte entre-temps, mais les fantômes du passé viennent croiser ceux du présent, entre réalité et hallucination.
    Ce somptueux roman évoque soixante ans de ténèbres, ce qui n'empêche pas un humour parfois burlesque. L'auteur explore un "je" aux multiples facettes pour faire revivre un destin individuel débarrassé des clichés de victimisation de la mémoire collective ; il offre un fulgurant autoportrait entre terreur et beauté, qui dévoile une époque chaotique et sanglante.


  • J'ai longtemps laissé croire que ma mère était encore en vie. Je m'évertue désormais à rétablir la vérité dans l'espoir de me départir de ce mensonge qui ne m'aura permis jusqu'alors que d'atermoyer le deuil.
    Après vingt-trois ans d'absence, Alain Mabanckou retourne à Pointe-Noire, ville portuaire du Congo. Entre-temps, sa mère est morte, en 1995. Puis son père adoptif, peu d'années après. Le fils unique ne s'est rendu aux obsèques ni de l'un, ni de l'autre.
    Entre le surnaturel et l'enchantement, l'auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années de l'enfance et de l'adolescence dans ses lieux d'origine.
    Au moment de repartir, il se rend compte qu'il n'est pas allé au cimetière. Sans doute était-ce inutile. Car c'est ce livre qui tient lieu, aussi, de tombeau. Et de résurrection.
    Alain Mabanckou est poète, essayiste et l'auteur de plusieurs romans dont Verre Cassé (Seuil, 2005), Mémoires de Porc-épic (Seuil, prix Renaudot 2006) et Demain j'aurai vingt ans (Gallimard, 2010). L'ensemble de son œuvre a été couronné par l'Académie Française (Prix de Littérature Henri Gal, 2012). Il enseigne la littérature francophone à l'Université de Californie-Los Angeles (UCLA).

  • V.

    Thomas Pynchon

    Le héros de cette aventure littéraire se nomme Herbert Stencil, né en 1901 et membre d'un groupe d'artistes pseudo-bohèmes, la Tierce des Paumés. Il lui arrive de lire des passages du journal intime laissé par son père, mort en 1919 dans d'obscures circonstances alors qu'il enquêtait sur des soulèvements dans l'île de Malte. Mais c'est en 1945 seulement, à une terrasse de café à Oran, qu'il tombe sur quelques lignes énigmatiques : " Avril 1899, Florence. Il y a plus derrière V., et dans V. qu'aucun de nous n'a jamais soupçonné. Non pas qui, mais quoi – qu'est-ce qu'elle est ? "
    Il est aussitôt intrigué, et part dans une sorte de quête de " V. " qui l'emmène successivement à New York, en Allemagne, à Paris et dans d'autres contrées du monde plus ou moins connues. On pourrait croire, tour à tour, que V. est une jeune femme déflorée au Caire ; une femelle de rat, dénommée Véronique, qui tient ses quartiers dans les égouts de Manhattan ; une danseuse allemande pré-nazie dans le Sud-Ouest africain ; un pays mystérieux appelé Vheissu ; ou encore une lesbienne du boulevard de Clichy. Et si V n'était finalement rien moins que la clé expliquant le chaos mondial ? " Ce que sont pour le libertin les cuisses ouvertes, ce qu'est un vol d'oiseaux migrateurs pour l'ornithologue, ce qu'est la tenaille pour l'ajusteur, voilà ce qu'était pour le jeune Stencil la lettre V. "

  • Vice caché

    Thomas Pynchon

    Los Angeles, 1970. Doc Sportello est un détective privé d'un genre particulier : il vit sur une des plages de la ville, est un adepte du joint bien roulé, et, à l'occasion, du trip intersidéral à l'acide. Avec son meilleur ennemi, le flic Bigfoot, il enquête sur l'étrange disparition du milliardaire et homme d'affaires Mickey Wolfmann. Tous deux ont de bonnes raisons de tirer au clair cette intrigue, d'en avoir peur, de se perdre en route pour mieux rebondir à grand renfort de bananes glacées ou de marie-jeanne colombienne. Il faut dire que quelques coups de massue donnés par l'Histoire en marche ont fini de détraquer la Californie et de torpiller le rêve hippie : les émeutes du quartier de Watts à Los Angeles, en 1965, ont crispé les esprits et les tensions raciales se sont exacerbées, les assassinats commandités par Charles Manson ont créé un profond traumatisme, sans compter la guerre du Vietnam qui a ramené en ville une jeunesse paranoïaque et détruite.
    Ce polar détourné, aux rebondissements rocambolesques, s'appuie sur une multitude de personnages déjantés avec, comme toujours, un fond musical au son du ukulélé. Pynchon nous offre une nouvelle fois un roman jubilatoire avec un art très aigu du dialogue et des digressions dans l'intrigue.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard

  • Fonds perdus

    Thomas Pynchon

    New York, début des années 2000, entre l'éclatement spectaculaire de la bulle Internet et l'effondrement des tours jumelles. Maxine, jeune mère new-yorkaise à la vie amoureuse mouvementée, est une inspectrice des fraudes qui a perdu sa licence officielle pour avoir trop bien conseillé un client véreux. Elle n'a pourtant pas remisé son pistolet, et la voilà embarquée malgré elle dans une aventure haletante et dangereuse : comment se fait-il que la start-up du très louche Gabriel Ice n'ait pas bu le bouillon alors que l'ensemble du marché du Net s'est brutalement dégonflé quelques mois auparavant ? D'où viennent les flux de capitaux qui circulent vers de mystérieux comptes à l'étranger ? Pour le savoir, Maxine, entourée par une ribambelle de personnages décalés, va devoir plonger et éviter de se perdre dans le Web Profond, cette interzone quasi inaccessible, refuge des hackers anarchistes, des cybervoyous et des âmes perdues.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nicolas Richard.

  • Avec ce roman planétaire et foisonnant qui débute par l'Exposition universelle de Chicago, en 1893, pour s'achever au lendemain de la Première Guerre mondiale, à Paris, Pynchon réussit son œuvre la plus ambitieuse et la plus émouvante. S'attachant à dépeindre aussi bien les luttes anarchistes dans l'Ouest américain que la Venise du tournant du siècle, les enjeux ferroviaires d'une Europe sur le point de basculer dans un conflit généralisé, les mystères de l'Orient mythique ou les frasques de la révolution mexicaine, l'auteur déploie une galerie de personnages de roman-feuilleton en perpétuelle expansion – jeunes aéronautes, espions fourbes, savants fous, prestidigitateurs, amateurs de drogue, etc. –, tous embringués dans des mésaventures dignes des Marx Brothers.
    Au cœur du livre, la famille Traverse : Webb, mineur et as de la dynamite, exécuté sur ordre du ploutocrate Scarsdale Vibe ; ses enfants, tous hantés par la mort de leur père, certains bien décidés à le venger, d'autres déjà avalés par les contradictions du siècle naissant. Et gravitant autour d'eux, tels des astres égarés, quelques figures hautes en couleur, qui toutes ont un compte à régler avec le pouvoir. Veillant sur ce " petit monde ", quelque part dans les airs : les Casse-Cou, bande de joyeux aéronautes qui, avec le lecteur, suivent non sans inquiétude la lente montée des périls.
    Empruntant avec jubilation à tous les genres – fantastique, espionnage, aventure, western, gaudriole –, rythmé par des incursions dans des temps et des mondes parallèles, écrit dans une langue tour à tour drolatique et poignante, savante et gourmande, Contre-jour s'impose comme une épopée toute tendue vers la grâce.
    Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Claro

  • Dans l'univers de Proust, le modèle d'Albertine était un homme, et le personnage d'À la recherche du temps perdu a le goût des femmes comme des hommes. Par un savant effet de superposition, Albertine finit d'ailleurs par se confondre avec l'autre grand amour de Marcel dans le roman : Gilberte. Cela valait la peine de démêler les fils, et de faire un point à la fois drôle, décapant et subtil sur cette figure complexe de l'amour dévorant. Anne Carson s'y emploie, par brefs fragments, dans un livre intense qui constitue le bréviaire de tout proustien, et qui donne envie aux autres de lire la Recherche.
    Née au Canada, Anne Carson enseigne le grec ancien.
    Traduit de l'anglais (Canada) par Claro

  • Le climat se détraque, des trombes d'eau se déversent sans fin dans le ciel californien, des ouragans s'abattent en Louisiane et font dégorger les bayous de macchabées. Les étudiants ont une fâcheuse tendance à noyer leur ennui jusqu'à plus soif dans des fêtes décadentes, les adultes sont pris de méchanceté, les enfants organisés en bandes cultivent la désobéissance et l'anarchisme, captent des ondes radio d'un ailleurs étrangement beau et fabriquent des grenades au sodium. D'autres, entre deux âges, pas tout à fait remis des éblouissements de l'enfance, entendent des symphonies dans le bruissement du vent, se frottent à la mort d'un peu trop près et, pour les plus chanceux, découvrent des mondes souterrains sous les décharges publiques.
    Composé de cinq nouvelles publiées entre 1959 et 1964, ce recueil, préfacé par Thomas Pynchon lui-même, est une parfaite façon d'entrer dans l'œuvre du mystérieux écrivain américain. Ses grands thèmes y sont déjà présents : la cohabitation des espaces visibles et invisibles avec leurs lieux de passages bizarres, les théories scientifiques qui permettront d'expliquer peut-être le fonctionnement chaotique du monde, l'absurdité des situations sur fond de session musicale improvisée.

  • Vineland

    Thomas Pynchon

    1984, Californie du Nord. Prairie, jeune fille de 14 ans, vit avec son père dans la région de Vineland, pays des séquoias géants et de la brume. Elle est à la recherche de sa mère, Frenesi Gates, ancienne activiste des mouvements radicaux étudiants des années 60 qui a mystérieusement pris la tangente peu après sa naissance. L'adolescente comprend que Frenesi la révolutionnaire a entretenu il y a belle lurette une relation amoureuse avec le diable, à savoir Brock Vond, procureur fédéral, qui, depuis vingt ans, n'a de cesse de vouloir éradiquer les " rouges " réfugiés dans les vallées de Vineland : gauchistes, fumeurs de joints, ex-hippies, funambules communistes, bûcherons anarcho-syndicalistes et fantômes en déroute.
    Avec l'aide de Darryl Louise, ninja fabuleuse à la chevelure flamboyante et à bord d'une Pontiac surpuissante, Prairie se lance dans une enquête qui fait surgir par flash-backs toute l'histoire de la gauche américaine.
    Sur fond de blues, de rock and roll frénétique ou d'absurdes ritournelles au ukulélé, Thomas Pynchon nous transporte dans le temps de la paranoïa et de la trahison.
    Vineland, paru en 1990 aux États-Unis, est le quatrième roman de Thomas Pynchon.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Michel Doury

  • Que se serait-il passé, si Faruk Hadzibegic, Bosniaque de Sarajevo, n'avait pas raté son pénalty, le cinquième et fatidique tir au but, face à l'Argentine de Maradona, en quart de finale de la Coupe du monde de football, le 30 juin 1990, dans le stade de Florence ? Le destin de l'équipe nationale de Yougoslavie, dernière du nom, en aurait-il été durablement changé ? Rien n'est moins sûr. Car les lézardes étaient déjà nombreuses et profondes dans la façade de l'unité fédérale socialiste édifiée et longtemps préservée par Tito, mort dix ans auparavant. Les gradins des stades étaient, depuis plusieurs mois, chauffés à blanc par les meneurs des extrémismes identitaires, serbes ou croates. Et bientôt, les supporters des virages allaient devenir les miliciens d'une guerre fratricide où l'Europe, impuissante et figée, aura perdu une partie de son âme.
    Par son enquête et son rapport détaillé des faits et des circonstances, Gigi Riva permet de réveiller une page cruciale de l'Histoire récente, où le ballon rond agit comme un révélateur des forces obscures en jeu.
    Gigi Riva, homonyme d'un des plus grands attaquants de l'histoire du football italien, est rédacteur en chef de l'hebdomadaire L'Espresso en Italie. Correspondant de guerre dans les Balkans dans les années 1990, il fut aussi un gardien de but très prometteur, finaliste de la coupe d'Italie des jeunes avec l'Atalanta de Bergame, avant de se tourner vers le basket. Il est l'auteur de J'accuse l'ONU, paru chez Calmann-Lévy en 1995.

  • 1786, à Philadelphie. En visite chez sa sœur, le. Révérend Cherrycoke entreprend de raconter à ses neveux les aventures de deux astronomes anglais, Charles Mason et Jeremiah Dixon qui, vingt-cinq ans plus tôt, avaient été chargés par la Royal Society d'observer, au Cap, le passage de Vénus, avant de se retrouver embarqués, à partir de 1763, dans une incroyable odyssée au cœur de l'Amérique du Nord, où ils ont pour mission de tracer d'est en ouest une ligne absolument rectiligne de huit mètres de large, qui devra séparer le Maryland et la Pennsylvanie, et ce à la demande de Lord Baltimore et de Thomas Penn, les héritiers respectifs de ces deux provinces.
    Les deux compères - le mélancolique Mason et le sanguin Dixon, le veuf inconsolable et le coureur de jupons - ne savent pas, bien sûr, que cette ligne portera un jour leurs noms et symbolisera plus tard la funeste frontière entre les Etats de l'Union et le Sud pro-esclavagiste.
    Epiés par des conspirateurs de tous bords, surveillés par les Indiens ou traqués par l'énigmatique jésuite Zarpazo - le "loup de jésus" ! -, Mason et Dixon vont fréquenter aussi bien George Washington, Benjamin Franklin et Samuel Johnson qu'un homme-castor, un Chinois féru de feng shui, un canard mécanique amoureux d'un cuisinier français, un golem des bois et quelques bizarres croisés...
    Thomas Pynchon signe là une véritable épopée drôlatique, tourmentée et prodigieusement inventive, truffée de majuscules en hommage à la littérature anglaise du XVIIIe siècle et baignée par cette étrange brume érotique qui envahit le ciel quand Vénus l'éclaire de sa lueur.
    Mason & Dixon a été salué à sa sortie comme l'un des sommets du roman contemporain.

  • L'enveloppe noire

    Norman Manea

    Un superbe printemps à Bucarest, dans les années 80 : le fracas des démolitions et les chantiers du bonheur calibré les queues interminables pour la survie quotidienne; le règne de la suspicion et de la terreur, de la soumission et de l'humiliation. Nous sommes sous la dictature du Grand Bredouilleur.
    Tolia, intellectuel excentrique et provocateur, enquête sur la mort de son père, qui s'est suicidé ou a été assassiné quarante ans plus tôt après avoir reçu une enveloppe noire portant l'emblème de la Garde de fer. Sur les traces d'un mystérieux photographe, il découvre l'existence d'une inquiétante organisation dont les membres sourds-muets sont des modèles d'obéissance. Tolia côtoie aussi Marga, médecin des fous : mieux vaut rire, en effet, et vivre dans le rêve ou la folie qu'accepter de rentrer dans le rang, parmi les figurants de cette grande farce de l'Histoire. Mais qui est le fou, qui est le clown? Où commence la réalité?
    Un roman intense, halluciné, à l'humour noir, qui remue aussi le passé amoureux et brouille les cartes, dans un monde totalitaire et schizophrène.
    Traduit du roumain par Marily Le Nir
    Bio de rabat :
    Né en Bucovine en 1936, Norman Manea est déporté à l'âge de cinq ans en Transnistrie, comme tous les juifs de cette province. Il connaît ensuite l'impasse communiste, jusqu'à sa décision de quitter la Roumanie, en 1986. Il s'établit à Berlin, puis finalement à New York, où il vit aujourd'hui. Il est l'auteur roumain le plus traduit au monde et son œuvre a été couronnée par de nombreux prix, dont le Médicis étranger en 2006 pour Le Retour du hooligan.

  • La tanière

    Norman Manea

    Augustin Gora a quitté la Roumanie communiste pour s'établir à New York où il vit seul, entouré de livres. Au fond de sa tanière, à l'abri du réel, il s'adonne à son occupation favorite : rédiger les nécrologies ironiques des morts en devenir que sont ses contemporains. Gora est hanté par son passé roumain, et surtout par le fantôme de sa femme, la belle Lu, qui a refusé de le suivre dans son exil. Elle réapparaîtra pourtant, accompagnée de son cousin et amant Peter Ga¿par, fils de déportés, inadapté chronique qui revendique son irresponsabilité.
    Mais lorsque Ga¿par reçoit une carte postale anonyme le menaçant de mort, le temps s'accélère. Appelé à l'aide, le sage Gora pourra-t-il remonter le fil du labyrinthe ? Un labyrinthe où l'on retrouve la figure du Maître, un grand érudit mondialement célébré mais au passé controversé pour ses compromissions avec l'extrême droite.
    Un roman haletant, très dialogué, qui nous plonge dans le présent de l'exil, où les ombres du passé surgissent sans cesse, où la vie apparaît comme une suite de mystères sans réponse. On retrouve le jeu si cher à Manea entre la réalité et l'imaginaire, la poésie et la terreur, le rire et la tragédie, dans ce texte résolument moderne où New York est " la ville des errants " et la capitale Dada.
    Traduit du roumain par Marily Le Nir
    Né en Bucovine en 1936, Norman Manea est déporté à l'âge de cinq ans en Transnistrie, comme tous les juifs de cette région. Il connaît ensuite l'impasse communiste, jusqu'à sa décision de quitter la Roumanie, en 1986. Il s'établit à Berlin, puis finalement à New York, où il vit aujourd'hui. Il est l'auteur roumain le plus traduit au monde et son œuvre a été couronnée par de nombreux prix, dont le Médicis étranger en 2006 pour Le Retour du hooligan.

  • " Je me rappelle encore avec quelle émotion le vieillard que j'étais à l'âge de neuf ans, de retour du camp, reçut au jour solennel de son anniversaire un recueil de contes roumains. En cet après-midi d'été 1945, dans le silence de la pièce, seul dans l'univers, je découvrais la langue fascinante, magnétique, miraculeuse, d'un conteur de génie. "
    Lire ou écrire, c'est vivre, c'est aussi revivre et survivre, lorsque, comme Norman Manea, on a connu l'épreuve des camps d'extermination et le bonheur obligatoire d'un pays communiste.
    La Cinquième Impossibilité (en écho aux quatre " impossibilités " de Kafka) dessine les contours d'une vie passionnée de lecteur-écrivain dans la " grande aventure des pages " : les œuvres d'Ernesto Sabato, Philip Roth, Paul Celan, Benjamin Fondane, Eugène Ionesco, ou encore Cioran, Antonio Tabucchi, Saul Bellow, Claudio Magris, Franz Kafka sont ici évoquées et, à travers elles, les trépidations et les tragédies du monde, les affinités électives et les amitiés profondes.
    Ce recueil de douze textes compose une trajectoire, de Berlin à New York, où l'auteur a échoué voici plus de vingt ans. La " maison de l'escargot roumain", c'est sa langue, que l'éternel exilé emporte avec lui partout où le mènent ses pérégrinations.
    Traduit du roumain par Marily Le Nir et Odile Serre

  • Mathea Martinsen, une veuve âgée de " presque cent ans", vit seule dans un petit appartement à Haugerud, une banlieue calme d'Oslo. Depuis le décès de son mari, Epsilon, elle sent l'approche de sa propre mort, et sa pente la vouerait facilement à l'effacement, au repli ou à la transparence, mais elle décide de surmonter sa phobie sociale afin de laisser quelques traces dans ce monde. Ses efforts de socialisation sont héroïques, drôles, et souvent ratés. Sa meilleure compagnie demeure en fin de compte les fantômes qui l'habitent, en particulier celle d'Epsilon, avec qui elle maintient un dialogue presque permanent, pour une belle histoire d'amour qui ne s'éteint pas.
    Un roman écrit à la première personne, où souvenirs et impressions se confondent dans un présent décloisonné et hanté par le passé, pour offrir le récit drôle et poignant de la vieillesse approchant de son terme.
    Kjersti Annesdatter Skomsvold est née en 1979 à Lutvann (Oslo). Jo fortere jeg går, jo mindre er jeg, publié en 2009 aux éditions Oktober, est son premier roman. Il a reçu le Prix Débutant Tarjei Vesaas en 2009, et s'est vu traduire dans une dizaine de langues.
    Traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud

  • Chers oiseaux

    Anne Weber

    Chers oiseaux est une lettre d'adieu - un adieu furieux, révolté, dégoûté d'une employée de bureau à ses anciens collègues. Emprisonnée dans une existence salariale aussi rassurante qu'une condamnation à mort, l'employée se libère d'un violent coup d'aile, à force de haine, de lassitude, de hargne, de répulsion mêlées. Sa fuite lui permet d'échapper enfin à l'agression muette des trombones et des classeurs comme aux griffes affûtées des collègues, ces oiseaux aigris.
    La vie de bureau est humiliante parce qu'elle rend inévitable une intimité avec des inconnus, la répétition douloureuse des mêmes mots et des mêmes gestes, la soumission aux horaires et donc, jour après jour, au temps, et à la transformation du temps en argent. Oui, la vie de bureau est insupportable.
    Envolons-nous.

  • Londres à l'époque du " Blitz ". Le lieutenant américain Slothrop semble avoir été conditionné dès l'enfance pour connaître des érections à l'endroit où des explosions vont avoir lieu. La carte de ses exploits sexuels anticipe donc légèrement celle des V2 et de leurs fatals impacts. Il est logique qu'" on " s'intéresse de près à lui, notamment Roger Mexico, expert en prévisions guerrières. Il y a des conspirations, de la science, du sexe, des sacrifices, et des centaines de personnages qui se croisent, se perdent, des savants fous, des espions kirghizes, un coprophage, une tribu africaine déportée, une Hollandaise à double-jeu, une pieuvre apprivoisée, des femmes faciles, des filles et des fils illégitimes. Ce roman de la guerre et de ses débordements se déroule à Londres, beaucoup, puis à Nice, en Hollande, et dans l'Allemagne dévastée. Il y a un complot à fuir ou à démasquer. Mais quel complot ?
    " Un roman post-apocalyptique où les personnages traversent les pages comme nous-mêmes les lisons : hébétés, stupéfiés ou fébriles, devant le chaos, l'accumulation insensée, la destruction folle. Bien sûr, cette Seconde Guerre mondiale est métaphorique, c'est l'image choisie par Pynchon pour parler de l'univers moderne, pour mettre en scène la ruine de l'esprit. Métaphoriques aussi sont les V2 : ce sont des merveilles technologiques, la courbe qu'ils décrivent est splendide et comme ils vont plus vite que la vitesse du son, on ne les entend arriver qu'après coup, une fois qu'ils ont frappé ; ils semblent aussi porter la mort au hasard, sans raison. Ne sont-ils pas de belles images de la science ? " (Claude Grimal, La Quinzaine littéraire ).
    Traduit de l'Anglais (États-Unis) par Michel Doury.

  • " Sur les murs du cirque totalitaire, les portraits du Grand Clown grimaçaient, victorieux, à l'adresse de l'Auguste, solitaire. "
    Face à la puissance du dictateur, face aux redoutables moyens de manipulation et de déformation des tyrannies, l'artiste se sent bien seul, quand il tente de révéler ou réhabiliter la vérité. Il est vite broyé, à moins d'inventer des ruses, comme l'opacité et la duplicité.
    Norman Manea dépeint la Roumanie des années 80, dans le cirque infernal du Grand Clown des Carpates, Ceau¿escu, entre tragédie et comédie. Il revisite aussi certains pans obscurs de la mémoire roumaine, en particulier le passé sulfureux de Mircea Eliade, quand il était un fervent adepte de la Garde de fer, mouvement d'extrême droite, nationaliste et antisémite.
    Ces textes, courageux, ont parfois suscité de vives polémiques. Ils sont d'une brûlante actualité, dans une époque où les clowns sont de nouveau nombreux sur la scène.
    Traduit du roumain par Marily Le Nir et Odile Serre

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