Arts et spectacles

  • Ecrit par un non-spécialiste passionné, ce petit livre vif et brillant s'adresse à tous, et entend fournir un manuel de résistance au discours sur l'art contemporain. Ce dernier fonde son emprise sur une vision mythifiée de l'histoire de l'art  : le XXe siècle aurait été avant tout le siècle des avant-gardes, chacune ayant été plus loin que la précédente dans la remise en cause de notions comme la figuration, la beauté, et même l'oeuvre. Or non seulement ces notions anciennes ont continué d'exister dans les arts dits mineurs, mais surtout, il y a eu un autre XXe siècle artistique, une tradition de peinture qui s'est obstinée à représenter la réalité et qui réémerge aujourd'hui, de Bonnard à Balthus, de Morandi à Hopper, de Giacometti à Lucian Freud.
    Cet essai présente cette autre histoire de l'art, dont l'existence infirme le discours, le mythe ... et le marché de l'art contemporain. Cette histoire s'est prolongée secrètement jusqu'à nous  : il y a eu en France, au cours du dernier demi-siècle, de très grands artistes, dont certains sont encore vivants, qui ont continué de représenter le monde et de chercher la beauté. Connus d'un petit milieu de collectionneurs, de critiques, de poètes, mais ignorés des institutions culturelles et du grand public, ces artistes sont les sacrifiés de l'art contemporain, les véritables artistes maudits de notre époque. Comme les artistes maudits de jadis, ce sont eux pourtant qui rendent notre modernité digne d'être aimée et sauvée. Ils sont la gloire de l'art français.

  • « Mes mains, je veux bien vous les montrer. Blanches, veineuses, rien d'extraordinaire. »
    C'est avec la modestie des grands artistes qu'Alexandre Tharaud, pianiste phare de sa génération, nous parle de son métier. Souvenir après souvenir, il nous livre ses doutes, ses convictions profondes, ses habitudes les plus intimes.
    Quelles sont les différences entre Bach et Ravel, au contact du public ? Entre la loge du Symphony Hall de Boston et celle du Musikverein de Vienne ? Entre le public de Tokyo et celui de Paris ? Quelle est la sensation des touches sous les doigts ?
    Au fil des réponses apparaît un homme qui consacre chaque mesure de la partition de sa vie - chaque note, chaque silence, chaque soupir - à la musique.

  • Une histoire d'amour de plus de trente ans unit Patrick Barbier à l'époque baroque. Cet ouvrage en témoigne. Sous forme d'un dictionnaire de 60 entrées, l'auteur tente un tour d'horizon très personnel d'une époque passionnante quant à l'évolution des arts, de la musique,  de la société et des mentalités. Il donne à ceux qui aiment le baroque, comme à ceux qui le connaissent mal, des clés de compréhension pour mieux apprécier les oeuvres et les lieux. Pourquoi la courbe, le contraste, l'éphémère, l'illusion ou la mort sont-ils les maîtres-mots de cette période? Quelles différences y a-t-il entre castrat et eunuque, contre-ténor et haute-contre, rocaille et rococo? Quelles sont les caractéristiques essentielles du premier courant artistique vraiment universel?
      Dans un style vif, nourri d'anecdotes et d'exemples précis, Patrick Barbier n'aide pas seulement le lecteur à s'immerger dans le monde baroque, mais il en montre également les retombées actuelles dans les fêtes populaires, le cinéma, la joaillerie ou l'art contemporain.

  • Godard

    De Baecque-A

    Jean-Luc Godard, le cinéaste culte d'A bout de souffle et de Pierrot le fou, le chef de bande de la Nouvelle Vague, l'agitateur politique des années gauchistes, le publicitaire de lui-même, le provocateur misanthrope, l'archiviste, et enfin l'ermite de Rolle qui sera âgé de 80 ans en 2010, bref tous ces visages souvent contradictoires réunis en un seul : la première biographie en France de l'impossible M. Godard, dont Serge Daney disait qu'il y a « toujours chez lui une matière biographique, coriace et finalement mal perceptible. » On l'aime/on ne l'aime pas : qu'importe, JLG a tissé l'histoire culturelle du vingtième siècle et ses images (Belmondo le visage bleu dans Pierrot le fou, les fesses de Brigitte Bardot dans Le mépris, Johnny Halliday, Anne Wiazemsky dans La Chinoise, mais aussi un quatuor de Beethoven ou un nuage sur le lac Léman) ont marqué notre époque. Du hussard droitier, rejeton de la haute société protestante qui marche sur les mains pour épater Bardot au contestataire cinéphile qui écrit à Malraux « ministre de la Kultur » une lettre sur « la censure, gestapo de l'esprit », du réalisateur tyrannique humiliant ses acteurs à l'amoureux peintre des femmes dans Prénom Carmen, du moraliste politisé en treillis de combat au King Lear sépulcral cigare en bouche, de l'historien des images « relié au passé » au kinoclaste « shooté au show-business », défilent ici quatre-vingt années de vie, de cinéma, de travail et de passions brûlantes. « Son génie est plus fort que sa volonté d'auto-destruction » disait Daniel Cohn-Bendit. C'est aussi la résurrection d'une époque française : la cinéphilie, d'une fraternité (avec Truffaut), d'une rivalité sous l'oeil des caméras.

  • Tout au long de l'époque baroque, Venise, Naples et Rome jouent un rôle essentiel sur le plan musical, tout en poussant l'art de la fête à des sommets inégalés.
    Dans cet essai vagabond, coloré et joyeux, Patrick Barbier nous plonge dans la vie quotidienne de cette Rome pontificale des XVIIe et XVIIIe siècles, théâtre d'un gigantesque bouleversement artistique.
    Le lecteur voyage, guidé par Patrick Barbier, au coeur des chefs-d'oeuvre musicaux de la Rome baroque. Entre anecdotes historiques et documents inédits, nous découvrons l'aristocratie romaine et ses plaisirs, les courses de chevaux et les carnavals, les palais privés et les soirées à l'opéra, mais aussi l'étonnante vie culturelle et les cérémonies somptueuses du Vatican.
     

  • La République de Venise vit au XVIIIème siècle ses dernières heures de gloire. Jamais on ne s'est autant diverti, jamais la fête et la musique n'ont occupé une telle place dans la vie quotidienne. Le carnaval (qui dure entre cinq et six mois), les fêtes officielles, le jeu, mais aussi les concerts, les cérémonies religieuses et l'opéra provoquent l'admiration et l'envie des visiteurs étrangers. Vivaldi, dont le nom est inséparable de Venise, écrit ses concertos pour les jeunes filles des Hospices et se comporte au théâtre en homme d'affaires, aussi doué que rusé.

  • Il avait un visage d'ange et un look de dandy rock'n'roll, ce qui, ajouté à son génie de photographe, fit de lui une légende mondiale de l'art contemporain.Mais qui était vraiment le génial et scandaleux Robert Mapplethorpe ?Un virtuose du noir et blanc ? Un enfant terrible du trash sexuel du New York des Seventies ? Une brebis galeuse du Queens ? Un mondain qui dînait avec Saint Laurent, Loulou de la Falaise ou la soeur de la reine d'Angleterre ? L'enfant chéri de sa mère ? Le fils honni de son père ? La coqueluche des galeristes branchés ?Pour saisir sur le vif le destin de cet artiste, Judith Benhamou-Huet a choisi d'interroger une quarantaine de personnes qui l'ont rencontré ou fréquenté. De son premier boy-friend officiel à son dernier - qui le veilla sur son lit de mort. De son avocat à son frère cadet. En passant par Ken Moody, son modèle mythique... tous racontent le parcours déterminé et exceptionnel de l'artiste qui mourut en 1989 sur l'autel du sida.Variation sur la création, l'argent, l'art, ce récit biographique éclaté et stylisé tente de traquer la vérité d'un être hors normes.Et qui, par-delà les effets de mode, reste aussi un explorateur incomparable des âmes errantes entre le Bien et le Mal.

  • Au XVIIIè siècle, la vie bat son plein dans les ruelles de Naples. Du fond des théâtres, des opéras, de la Cour du roi et des Conservatoires, la musique des plus grands compositeurs se mêle en une infinie rumeur. C'est le beau siècle napolitain. Celui des arts, de la création et des chantiers grandioses. La fête est partout. De la rue aux institutions, l'art n'est jamais cloisonné, mais toujours vivant. Carnaval et bals populaires fleurissent aux côtés des prestigieux opéras buffa et des sensationnelles divas du seria. C'est aussi et surtout la période glorieuse des castrats, fleur de la production musicale italienne, qui connaissent alors leur apogée.
    Il faudra au Roi Charles Bourbon peu de temps pour exacerber la splendeur de cette terre nouvellement libre après des siècles de soumission à des puissances étrangères, et lui offrir une renommée culturelle extraordinaire.
    Avec ce livre lyrique qui est aussi un hommage, Patrick Barbier compose à Naples l'insoumise son plus bel écrin.

  • Qui a pu être assez fou pour avoir eu, un jour, l'idée de faire de la musique avec de l'électricité ? Et comment est-ce possible d'ailleurs ? Qui se cache derrière ces instruments loufoques, ancêtres des pianos numériques actuels, ces immenses orgues criblés de fils électriques ou ces claviers surréalistes aux notes futuristes, dont les noms insensés - télégraphe harmonique, théâtrophone, Telharmonium, Audion Piano, Ondes Musicales, Orgue B3, Clavivox ou Polymoog - disent déjà la folie ?  Des amoureux du son, très certainement, mais surtout d'immenses inventeurs.
    Ils s'appellent Edison, Cahill, Martenot, Mathews, Moog ou encore Zinovieff et Kakehashi, ils sont américains, anglais, français, russes ou japonais, et ils ont en commun un esprit insatiablement curieux et créatif, un amour des circuits électriques et des notes harmoniques, et une vision révolutionnaire de la musique. Successivement, ensemble et parfois en s'opposant, ils vont changer le visage du son en nous faisant passer, en près d'un siècle et demi, du piano acoustique aux bijoux technologiques d'aujourd'hui. De 1870 à nos jours et du premier microphone au dernier synthétiseur, Laurent de Wilde nous emporte dans la formidable épopée du son en retraçant les incroyables destins de ces magiciens. A travers cette galerie de portraits truculents (les inventeurs ont une légère tendance à divorcer et vivre selon des règles étranges), c'est toute l'histoire du XXe siècle que l'on revit au rythme des avancées de la modernité et de leurs milliers d'inventions (de la radio à Internet, du phonographe au microprocesseur), à mesure que l'on plonge dans l'univers impitoyable de la musique, où la course aux brevets et la concurrence font rage.

  • Pialat

    Pascal Mérigeau

    " Si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas non plus. " Ainsi, le poing levé, mais l'hommage accepté de la palme d'or à Cannes, Maurice Pialat reçoit-il les sifflements et les bravos. Du réalisateur atypique, solitaire, de l'auteur de Nous ne vieillirons pas ensemble, La Gueule ouverte, Sous le soleil de Satan, en tout dix films pour une vie entière passée à réinventer génialement le cinéma français, on sait l'essentiel. La réputation de Maurice Pialat ? Un tempérament jupitérien, tournages violents et émouvants, gifles qui claquent. Certes mais en quoi cela modifie-t-il son cinéma d'auto-fiction, ses personnages creusés jusqu'à l'os, ses tourments qui alimentent même un film de commande comme Van Gogh ? Aucun cinéaste n'a comme lui, jusqu'à l'obsession, transcrit sur l'écran sa vie, ses hésitations, ses divorces, ses chagrins.
    Pascal Mérigeau, remonte à la source : depuis l'Auvergne natale, les années de dèche chez Olivetti jusqu'à la rencontre avec Claude Berri et Jean-Louis Trintignant, il remue le terreau autour de lui : ce peintre-amateur, ce fils qui déterre sa mère pour les besoins d'un film, ce cinéaste qui débute à 40 ans. Les anecdotes sont ici multiples, et souvent drôles. Il quitte le tournage de Loulou, pour revenir le lendemain. Il poursuit l'acteur Dominique Besnehard une scie à la main, sur A nos Amours. Il épuise sept monteurs différents sur le même film. Quel est le secret de l'Impossible Maurice Pialat pour qu'une Sandrine Bonnaire, qu'il révèle au public, dise : " Je ne me sentais pas jugée. " Et cette phrase du monteur, Yann Dedet : " Maurice vous place sur les rails mais sans dire que les rails existent. "
    Pascal Mérigeau écrit cette biographie, sans complaisance pour les égarements de Pialat quand il parle politique, mais avec de l'admiration pour cette rage au coeur qui ne l'a jamais quittée.

  • Marcel duchamp

    Housez-J

    Nous connaissons tous le nom de Marcel Duchamp, lhomme qui inventa lart contemporain, le créateur du « (al)ready-made », de Rrose Scélavy, et dune Joconde moustachue outrageusement rebaptisée LHOOQ, lauteur, surtout, du plus grand scandale du XXe siècle, qui éleva (ou abaissa ?) un simple urinoir au rang duvre dart. Et pourtant, que sait-on de lui ? Rien, ou si peu, et pour cause : il nexistait pas, à ce jour, de biographie en français de Marcel Duchamp. Duchamp meurt en 1968, à lâge de 81 ans, encore méconnu dans son propre pays : son décès est annoncé dans Le Figaro à la rubrique « échecs », quand il fait la une du New York Times. Sa vie ses vies pourrait-on dire, à limage de ce portrait dédoublé à linfini qui fait la couverture du livre , partagée entre les Etats-Unis et la France, fut longue dactivités diverses et non pas seulement artistiques, de rêveries et de projets, de rencontres et damitiés indéfectibles, avec Henri-Pierre Roché, lauteur de Jules et Jim quil inspirera, avec Picabia, Man Ray, Alfred Stieglitz, Brancusi. Une vie damours nombreuses aussi le premier pour la femme de son grand ami Picabia ! -, car Duchamp courait les jupons, « célibataire » avant tout épris de liberté, qui pourtant deux fois labdiqua il épousera en secondes noces la fille du galeriste Pierre Matisse, petite-fille du peintre. Fils dun notaire rouennais, il était le cadet dune fratrie dartistes, les peintres Jacques Villon, Suzanne Duchamp, et le sculpteur Raymond Duchamp-Villon, qui linitièrent à la peinture. Héritier de Jarry, marqué par la lecture de Nietszche et de Raymond Roussel, il était fasciné par lobjet industriel et sa production en série, par les découvertes récentes sur le mouvement et la vitesse le rayon X, la quatrième dimension, les chronophotographies dEtienne Jules-Marey. A 26 ans, dès lors quil la maîtrise, il abandonne pour toujours la peinture, sautoproclame « anartiste », fait prévaloir lidée sur son exécution, la « beauté dindifférence » sur le (bon) goût, et bouleverse radicalement le statut de lartiste et de luvre dart : un défi à lavant-garde de son époque plus encore quà lacadémisme. Sacré par Breton « phare du surréalisme », ingénieur malheureux (on lui doit dextraordinaires machines optiques, ancêtres de lart cinétique, dont les brevets ne rencontreront pas le succès), joueur déchecs passionné, il fut aussi lincontournable courtier de lavant-garde européenne aux Etats-Unis, le conseiller intime des grands philanthropes new-yorkais, comme les époux Arensberg ou Katherine Dreier, avec qui il fonda au début des années 20 La Société anonyme, ancêtre direct du MOMA. En un dernier clin dil facétieux et visionnaire, lhomme sans qui Andy Warhol naurait pas existé, fit graver sur sa tombe : « Ce sont toujours les autres qui meurent ». On ne saurait le contredire.

  • Pauline Viardot

    Barbier-P

    Pauline Viardot (1821-1910) est l'une des figures dominantes du monde artistique et littéraire au XIXème siècle. Fille du ténor rossinien Manuel Garcia, et soeur de la grande diva romantique Maria Malibran, elle marque son temps par ses dons exceptionnels de cantatrice et son jeu dramatique, tout autant que par la vivacité de son esprit et la beauté de ses compositions. Amie intime de George Sand et de Chopin, aimée avec passion par l'écrivain russe Ivan Tourguéniev pendant quarante ans, elle va, grâce à la réputation de son salon parisien, lancer la carrière de Saint-Saëns, Gounod ou Fauré. Mariée à l'écrivain et critique d'art Louis Viardot, Pauline parcourt l'Europe où l'acclament des foules en liesse. Clara Schumann, Delacroix, Flaubert, Liszt, Berlioz ou Tchaïkovski furent ses admirateurs, ses amis, ses intimes. De Londres à Saint-Pétersbourg et de l'Alhambra de Grenade à l'Opéra de Paris, des milieux républicains aux salons aristocratiques, Patrick Barbier, émaillant sa recherche de savoureuses anecdotes, nous entraîne dans le tourbillon artistique de l'époque romantique.

  • Entre 1940 et 1945, un grand nombre d'intellectuels, d'écrivains et d'artistes français quittèrent la France occupée. La grande majorité se rendit à New York, qui devint ainsi le coeur de l'exil de la pensée et de l'art français. André Breton, Claude Lévi-Strauss, Boris Souvarine, Jacques Maritain, Saint-Exupéry, Saint-John Perse, Max Ernst, ils sont des dizaines à se retrouver dans la capitale intellectuelle du monde libre.
    Paris à New York raconte l'histoire de cet exil dans tous ses détails. D'abord, l'exil même : quels réseaux l'aident et le financent ? De Varian Fry, représentant du Centre américain de secours à Marseille, à l'American Comittee for Christian Refugees, dirigé par Thomas Mann, nous voyons les réseaux de solidarité se mettre en place. A New York, ensuite. Comment ces fortes individualités finissent-elles par prendre en charge une parole résistante? Le livre montre l'action des éditeurs et des revues, mais aussi des institutions. L'Ecole libre des Hautes études, où enseigne Lévi-Strauss, devient un noyau gaulliste - chose assez rare dans le milieu des exilés, qui resteront généralement très méfiants envers le général de Gaulle. Le gouvernement américain, surmontant ses répugnances pour toute propagande, crée deux agences où, pour la première fois, on utilisera les intellectuels et le savoir à des fins politiques : l'Office of Strategic Service, le célèbre O.S.S., ancêtre de la C.I.A., et l'Office of War Information, d'où dépend la radio Voice of America, dont la section française est dirigée par Pierre Lazareff. On y entendra les voix d'André Breton, d'Henry Bernstein, de Claude Lévi-Strauss... Paris à New York suit enfin les exilés dans leur retour en France, qui n'est pas toujours facile. Ils avaient développé en Amérique une conception plus démocratique de la culture et plus libérale de l'Etat que celle de Londres ou du maquis.

  • « A une époque où Mitchum est devenu une marque de déodorant pour homme, où les classiques hollywoodiens se vendent par packs de six en supermarché, et où le rayon cinéma des librairies engrange des livres de plus en plus spécialisés sur de moins en moins de sujets, la cinéphilie, ou ce qu'il en reste, ne peut être que buissonnière.
    Si ce livre rend hommage à des figures familières mais sur lesquelles on sait peu de choses, les personnages traités ici ne sont pas tous des acteurs secondaires, ou « de composition », comme on disait dans le temps. Mais presque tous, à défaut d'avoir connu la consécration, sont de sacrés caractères... Ainsi Eugene Pallette, Eric Blore ou Edward Everett Horton - ou, plus obscurs, Luke Askew et autres Steve Cochran... Certains ne sont même pas acteurs. Se cachent, dans ce jeu des sept studios, un monteur, un pêcheur de poissons-chats, un metteur en scène, un pétomane auteur du long-métrage le moins vu de toute l'histoire du cinéma, une femme-panthère, bon nombre d'éclopés de la pellicule, et un escroc à côté de ses pompes funèbres.
    En retraçant leurs carrières et leurs vies, on a parfois aussi été amené à raconter certains de leurs films, peu ou pas connus, mais dans lesquels ces acteurs d'exception donnent souvent plus leur mesure que dans les grands succès. L'auteur n'a d'autre ambition que d'amuser, et peut-être intriguer suffisamment pour que le lecteur se mette en quête de ces autres films, tout ce pan du cinéma américain, bon et mauvais, qui demeure ignoré, malgré le câble, les programmations institutionnelles et la pléthore de DVD sur le marché. »
    - Ph.G.

  • La biographie de Michal Waszynski pourrait se réduire à ces quelques lignes : Né en 1904, mort en 1965, il a été l'assistant de Murnau, a réalisé en 1937 le chef-d'oeuvre du cinéma yiddish Le Dibbouk, a travaillé comme cinéaste en Pologne de 1929 à 1939, puis comme directeur artistique en Italie et vice-président des productions Bronston en Espagne. C'est peu et c'est faux. La biographie de l'illusoire et somptueux Waszynski, telle que Samuel Blumenfeld nous la raconte à l'appui d'une documentation inédite, est une reconstruction totale.
    Comment un juif né en Volhynie, c'est-à-dire nulle part, a-t-il pu se faire passer pour un prince catholique et un aristocrate polonais ? Comment a-t-il échappé aux camps pour survivre comme caméraman dans l'armée du général Anders ? Est-ce l'amour qui commande au mariage entre cet homosexuel raffiné et une comtesse romaine octogénaire qui lui lègue son immense fortune ? A-t-il vraiment lancé Audrey Hepburn, secondé Orson Welles sur le tournage d'Othello, assisté Joseph Mankiewicz dans la production de La comtesse aux pieds nus ? Mieux ! Dans l'Espagne franquiste de l'après-guerre, ce prince d'opérette qui possède une Rolls aux poignées de porte en or massif, va créer le plus grand studio d'Europe. Détournant des sommes considérables, esclavagisant des scénaristes black-listés à Hollywood, utilisant la propagande chrétienne comme déguisement de ses folies, il produit entre autres Le Cid avec Charlton Heston, reconstruit la cité interdite pour Les 55 jours de Pékin, aligne 350 statues sur le décor de La chute de l'Empire romain...
    Comme disait le scénariste Philip Yordan : « Ils n'avaient pas compris que c'était un Prince de mes deux ».
    Le Prince imaginaire, c'est le dernier Nabab et Zélig en même temps.

  • "L'oreille d'un sourd" était le nom d'une chronique qui paraissait dans Libération durant les années 80. L'expression reflétait à la fois la vocation de dénicheur farfouilleur du journaliste, et son fonctionnement pour le moins atypique au sein d'un journal qui ne l'était pas moins. Ces "correspondances particulières" (comme les appelait le journal) étaient des articles hors norme, de longueur variée, sur des sujets variés eux aussi, comme d'obscurs festivals de cinéma, des faits divers à Los Angeles, des portraits d'écrivains oubliés et non publiés en France, des chanteurs pas encore célèbres. C'est cette relation, basée sur un qui pro quo de départ, que Garnier raconte au fil de ce livre : des balades au Wyoming dans des villes minières, une saga industrielle sur les chaussures Doc Martens, un retour sur Sunset Boulevard, un Mundial de foot au Mexique, une folle Mostra de cinéma à Venise, etc.
    Un regard "particulier" sur l'évolution d'un quotidien que beaucoup ont longtemps tenu en affection, et celle tout aussi cocasse parfois d'un journaliste au fonctionnement singulier et irrégulier.

  • "Entre 1965 et 1975 il y a eu ce moment en Amérique où les barrières semblaient tombées, les frontières ouvertes, les institutions en déroute. Dans cette faille s'est immiscé ce qu'on a appelé la presse alternative. Grover Lewis n'a passé que trois ans (71-73) au magazine Rolling Stone, mais il en a été l'anti-héros le plus crucial, sinon le plus flamboyant. Spécialiste du reportage en immersion (souvent imbibée) sur les plateaux de cinéma, ce Texan renégat, hanté par un passé tragique, a marqué à jamais le journalisme avec une poignée d'articles sur Charlie Parker, Lightnin'Hopkins, Robert Redford, Paul Newman, Jack Nicholson, Sam Peckinpah, Robert Mitchum ou les Allman Brothers, dont certains ne se remirent jamais tout à fait. Le premier article de Lewis dans Rolling Stone, un long et personnel récit sur le tournage de La dernière séance, a tout bonnement changé ma vie, m'encourageant à suivre des voies pas toujours sûres dans ce qu'il faut bien appeler mon journalisme. Si quelqu'un pouvait publier sept pages sur un tournage au milieu du Texas, je voulais en être moi aussi. Je ne savais pas encore que Grover Lewis deviendrait aussi mentor et ami. Et maintenant mon sujet. Lewis étant mort avant d'avoir pu écrire son histoire, et le livre qu'on attendait de lui, Freelance est aussi une façon pour moi de remplir une autre sorte de contrat."

  • Maîtres incontestés de l'art vocal au XVIIe et XVIIIe siècles, les castrats ont triomphé à travers l'Europe, à l'Opéra comme à l'église. Mais qui aurait pu penser que la France, réputée pour être réfractaire à ce type de chanteurs comme à tous les excès du baroque, ne cesserait de recourir aux voix des castrats, depuis la jeunesse de Louis XIV jusqu'aux derniers jours de Louis XVI aux Tuileries ?
    Après l'Histoire des castrats et Farinelli, le castrat des Lumières, Patrick Barbier nous révèle cette fois tout un pas inconnu de l'histoire musicale française et de la vie à la cour : l'apparition des castrats dans les grandioses mises en scène imposées par Mazarin, le rôle des Italiens dans le relâchement des moeurs (les sodomites et la fameuse "secte de Rome"), leur présence permanente à la Chapelle royale et au Concert Spirituel, le jugement des mélomanes et des intellectuels français, mais aussi le répertoire des castrats en France et leurs conditions de vie dans cette maison, toujours intacte aujourd'hui, où ils reconstituèrent une sorte de microcosme italien.
    Mêlant une recherche approfondie à des piquantes anecdotes, Patrick Barbier nous entraîne avec vivacité dans l'aventure de ces "castrats de l'ombre" qui servirent fidèlement trois rois de France.
    Italianiste et historien de la musique, Patrick Barbier est professeur à l'Université Catholique de l'Ouest (Angers) et membre de l'Académie de Bretagne et des Pays de la Loire (Nantes). Il a publié la Vie quotidienne à l'Opéra au temps de Rossini et Balzac (Hachette, 1987) et Graslin, Nantes et l'Opéra (Coiffard, 1993). Son Histoire des Castrats (Grasset, 1989) et sa biographie de Farinelli (Grasset, 1994) ont été traduites en une dizaine de langues.

  • Analyse réaliste mais aussi évocation poétique du Mezzogiorno, Mère Méditerrannée a paru pour la première fois en 1965. Trente-cinq ans après, les choses ont-elles beaucoup changé ? Les villes de Naples et de Palerme, la Sicile, la Sardaigne, les Pouilles ont-elles cessé d'être ce mélange paradoxal de stagnation économique, de vitalité sans frein, de complaisance dans la misère et le crime, de richesse intellectuelle et humaine ? L'Italie du Sud reste la terre la plus mystérieuse d'Europe, à la fois incroyable réservoir d'énergies individuelles et accumulation immobile de retard et d'échecs.
    Avec ses défauts, son génie, sa folie, je l'aime toujours de la même passion, à laquelle se sont ajoutés, pour enrichir la réédition de ce livre, la ferveur et le talent du photographe Ferrante Ferranti.
    Dominique Fernandez.
    Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti ont publié en collaboration une douzaine d'ouvrages, récits de voyages illustré ou albums, consacrés à divers pays : l'Europe baroque et méditerranéenne, la Roumanie, la Russie, l'Amérique du Sud.

  • La société contemporaine considère d'un mauvais oeil les Jeff Koons et autres Damien Hirst qui ne cachent pas leur désir de richesse. Pourtant, des artistes ont toujours créé pour devenir prospères et reconnus. Au XXe siècle, Magritte a "fabriqué" en série ses pipes qui n'en étaient pas. Mais, bien avant lui, Cranach fut le peintre fortuné d'une infinité de Lucrèce, de Judith et autres Vénus, qui se ressemblent toutes - en se reproduisant déjà aui XVIe siècle comme des clones. La "Factory" de Rubens, si elle n'était pas franchement rock'n'roll, n'en restait pas moins un lieu de production quasi mécanisé destiné à ce que les toiles du maître d'Anvers envahissent toutes les cours d'Europe. Quant à Courbet, l'homme de L'origine du monde, il comptait bien sur une fine stratégie médiatique pour devenir riche et célèbre. Même Van Gogh, l'archétype de l'artiste maudit, mort pauvre et incompris, avait pour protecteur un des plus grands marchands de tableaux de Paris, autrement dit son frère Théo. Ce livre démontre en treize cas courant à travers l'histoire les idées préconçues sur des artistes qui appartiennent à la posterité - et prouve, au passage, que l'appât du gain n'est pas le privilège de la période actuelle.
    Un voyage dans la grande histoire de l'art remplie de toutes petites histoires d'hommes devenus d'immenses artistes.

  • Voici près de vingt ans, Laurent Chalumeau laissait l'Amérique dans un drôle d'état, entre jubilation rock et gueule de bois, dans un livre qui s'intitulait Fuck et avait fait un peu parler de lui. Celui-ci pourrait en être la face B, comme dans les vinyles d'antan ; il aurait pu aussi s'appeler Fuck II : le retour. Retour aux sources (« toute la musique qu'il aime-eu... ») ; retour, après un détour par le détournement du polar à la française, au pays d'élection, l'Amérique fantasmée - c'est-à-dire la vraie -, celle qu'inventèrent Robert Johnson, Chuck Berry, Elvis, Dylan, les Stones et quelques autres encore... Retour enfin sur vingt ans de carrière journalistique. Car avant de s'occuper de siffleurs, d'arnaqueurs et autres mecs sympas du même acabit, Laurent Chalumeau fut, d'abord et surtout, grand défricheur et déchiffreur de l'Amérique rock. En témoigne aujourd'hui cette « playlist » de textes vintage, publiés à la fin du siècle dernier dans des magazines comme Rock & Folk ou l'Echo des savanes. On croise, dans ce texte aux allures de Route 66 sentimentale rythmée par une langue toute en riffs, des rappeurs mythomanes, des guitar heros accros à l'héro, des joueurs de billard rabelaisiens, des fantômes vaudous et des Navajos ravagés, Tom Waits et Bruce Springsteen, Lou Reed et Jerry Lee Lewis, des vallées de larmes blues et des monuments du « wok'n'woll » mangés aux mythes, enfin le Diable et sa musique, bande-son imparable dans laquelle chacun se reconnaîtra. « Il y a des regards étriqueurs, qui rendent tout ce qu'ils voient mesquin, courant. C'est le point de vue le plus répandu, celui de l'impuissance et de l'amertume, écrit Virginie Despentes dans sa préface. Et puis à l'inverse il y a la prose rock : le cinémascope, le grand format, le long travelling, le gros plan chiadé, l'éclairage sublimant. Une façon d'envisager les choses qui ne craint ni la générosité, ni l'enthousiasme. Méticuleux travail de cross-over, brutal autant que sensible. Il a fallu abattre quelques cloisons, entre la littérature, le sport, le sexe, le cinéma, l'urbanisme, la politique et les musiques, pour donner aux sujets l'ampleur qu'ils méritaient. »

  • Toute l'explication de l'homme tient en ceci qu'il ne peut accepter de finir. Que la vie lui apprenne de très bonne heure qu'il est mortel, ce n'est point la preuve qu'il s'en accommode.

  • Pierre Grimblat, né en 1928 à Paris, rue Saint-Maur, semble avoir passé un pacte avec la chance : d'origine modeste, autodidacte d'un naturel charmeur et fantaisiste, il débute à Saint-Germain des Prés en disant des poèmes aux terrasses des cafés, remarqué par Boris Vian et Raymond Queneau grâce à qui, il entre à la radio. Il gravit rapidement tous les échelons des métiers de l'image. D'abord dans la publicité, (avec Marcel Bleustein-Blanchet), puis dans le cinéma - c'est dans son film « Slogan » que Serge Gainsbourg fit la connaissance de Jane Birkin - puis à la télévision où, avec un flair infaillible, il crée et produit avec Hamster la plupart des « séries » qui firent les beaux jours du petit écran. Au fil de cette carrière, menée avec une désinvolture légendaire, il privilégia l'amitié, l'amour et les femmes. Dans ce livre de mémoires - écrit dans une langue verte, qui fait parfois songer aux dialogues de son ami Audiard, - défilent aussi ses copains (de Truffaut à Eddie Constantine ou Maurice Ronet, son « frère »), ses conquêtes féminines (innombrables, pittoresques, et dispersées entre Beverley Hill et Saint Tropez) et ses émotions de jeune enfant d'émigrés ébloui par Paris.

  • En 1962, à San Quentin, prison de l'Etat de Californie, sur les bords de la baie de San Francisco, un spectacle a lieu le samedi soir. Le directeur a convié plusieurs dizaines d'invités à assister à un « show » monté par les détenus. Un grand orchestre assure les transitions entre les numéros de comiques, acrobates, ou magiciens qui défilent sur une estrade. Les musiciens sont vêtus de smokings, confectionnés dans la toile de jeans de leurs uniformes. Parmi les membres de l'orchestre, quelques uns des jazzmen les plus brillants de la côte Ouest. La plupart sont en prison pour usage ou trafic de drogue. Ils jouent le samedi soir, ou pendant leurs moments de liberté dans la grande cour de la prison. Présentons-les un à un, comme on le ferait au début d'un concert : Au saxophone alto, Art Pepper, enfant prodige du jazz de la côte ouest, ancienne star du grand orchestre de Stan Kenton. Le seul blanc de notre jazz band. Quand commence sa vie de prisonnier, il a déjà produit quelques albums qui ont marqué l'histoire de cette musique. A la trompette, Dupree Bolton, comète géniale et éphémère, qui finira, trente ans plus tard, musicien faisant la manche dans les rues de San Francisco après avoir laissé quelques enregristrements épars. A la trompette aussi, Nathaniel Meeks, un de ces membres anonymes des grands orchestres de Californie, honnête exécutant dont l'histoire du jazz n'a gardé qu'une trace rapide. Au piano, Jimmy Bunn, soliste raffiné et exigeant qui, au moment de son incarcération à San Quentin, a déjà accompagné les plus grands, comme Charlie Parker ou Dexter Gordon. Il finira sa vie dans l'anonymat. Au saxophone alto, Earl Anderza, sorti de prison pour enregistrer un disque unique et fulgurant en 1963, avant de retourner à l'obscurité. Au saxophone alto encore, Frank Morgan, seul survivant aujourd'hui de cet orchestre théorique, perdu pour la musique après son premier disque en 1955, émergeant comme ressuscité trente ans plus tard, talent intact, après avoir passé l'essentiel de sa vie adulte en prison. A la contrebasse enfin, Frank Washington, qui passa vingt ans à San Quentin, où se déroula toute sa vie de musicien. Ce livre est leur histoire. Concentrée autour des quelques mois de 1962 où ils jouèrent ensemble cette musique évanouie. Enfermés à San Quentin, pénitencier surpeuplé, prison de mort où la chambre à gaz exécute régulièrement l'un des leurs, déchirée par les tensions raciales et les soubresauts qui agitent l'Amérique au dehors.

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