Littérature argumentative

  • « Esclaves, ne maudissons pas la vie. » Lire Arthur Rimbaud vous condamne à partir un jour sur les chemins. Chez le poète des Illuminations et d'Une saison en enfer, la vie s'organise dans le mouvement. Il s'échappe hors de l'Ardenne, cavale dans la nuit parisienne, court après l'amour en Belgique, se promène à Londres puis s'aventure à mort sur les pistes d'Afrique. La poésie est le mouvement des choses. Rimbaud se déplace sans répit, changeant de point de vue. Son projet : transformer le monde par les mots. Ses poèmes sont des projectiles, des bouquets de feu : cent cinquante ans plus tard, ils nous atteignent encore. Qu'avons-nous fait de nos douleurs ? Au temps où le monde était paralysé par un virus chinois, Sylvain Tesson a cheminé une saison avec Arthur Rimbaud. La marche - état suprême de la poésie - est, avec la littérature, l'antidote à l'ennui.

  • Homère continue de nous aider à vivre.
    Au long de l'Iliade et de l'Odyssée chatoient la lumière, l'adhésion au monde, la tendresse pour les bêtes, les forêts - en un mot, la douceur de la vie. N'entendez-vous pas la musique des ressacs en ouvrant ces deux livres ? Certes, le choc des armes la recouvre parfois. Mais elle revient toujours, cette chanson d'amour adressée à notre part de vie sur la terre. Homère est le musicien. Nous vivons dans l'écho de sa symphonie.  
    Pour écrire Un été avec Homère, Sylvain Tesson s'est retiré sur une île des Cyclades, au bord de la mer Égée, dans la lumière, l'écume et le vent. Nous sommes les enfants de notre paysage, écrivait Lawrence Durrell. 
    Un été avec Homère est à l'origine une série d'émissions diffusées pendant l'été 2017 sur France Inter.

  • « Je vais accoucher au milieu d'un désastre. Me perpétuer en pleine mort. Donner la vie quand la nuit nous pétrifie. La vie va sortir de moi dans une ville meurtrie. Dans la nuit du 13 novembre 2015, un attentat a tué à Paris cent trente et une personnes et en a blessé près de cinq cents autres. La vie tape dans mon ventre pendant qu'on entasse les corps. Je nage à contre-courant. Je porte une fille quand des mères pleurent leur enfant. Je me régénère alors que Paris est à sang. Aucune trace en moi d'un esprit de révolte : je n'ai pas décidé d'enfanter pour m'épargner la mort ni créer du renouveau. Être fertile pour faire peau neuve, non. Je ne me demande pas pour quel monde mettre au monde. La vie est déjà en moi. Elle bat obstinément depuis huit mois. Que reste-t-il en nous quand, au plus intime, la vie et la mort se sont livré bataille ? » Ce livre est le fruit de plus de quatre ans d'enquête, d'une cinquantaine d'entretiens menés entre Bruxelles et Paris, et d'une quête personnelle. Dans ce « roman vérité » selon l'expression de Truman Capote, Etty Mansour a exploré la dimension psychologique de Salah Abdeslam, seul survivant parmi les terroristes du 13 novembre, en s'entretenant avec ses proches, notamment sa fiancée, son avocat belge, une sociologue molenbeekoise et une psychanalyste clinicienne qui exerce en prison auprès de détenus pour terrorisme islamiste. Au-delà de l'itinéraire biographique de Salah Abdeslam, elle a cherché des clés de compréhension sociale, historique, idéologique et religieuse en se rapprochant d'éducateurs sociaux, d'un historien, d'un juge et d'une policière de l'antiterrorisme, d'un imam et d'un rabbin. Si l'exercice du droit est indispensable à une société meurtrie par des attaques terroristes de cette ampleur - depuis la Seconde Guerre Mondiale, l'Europe n'avait pas eu à faire face à un tel niveau de violence - la littérature peut, à sa manière, aider à transformer la terreur dont nous avons été la cible. Elle peut permettre de comprendre, de l'intérieur, ce qui nous est collectivement arrivé. Cette conviction a guidé le travail d'Etty Mansour et lui permet d'éclairer la trajectoire du seul terroriste encore en vie, à mettre des mots sur son silence qui est, à ses yeux, le nouveau piège qu'il nous tend.

  • « Les gens seraient étendus sur la plage ou bien, sirotant un apéritif, ils s'apprêteraient à déjeuner, et ils entendraient causer de Montaigne sur le poste. Quand Philippe Val m'a demandé de parler des Essais sur France Inter durant l'été, quelques minutes chaque jour de la semaine, l'idée m'a semblé très bizarre, et le défi si risqué que je n'ai pas osé m'y soustraire.
    D'abord, réduire Montaigne à des extraits, c'était absolument contraire à tout ce que j'avais appris, aux conceptions régnantes du temps où j'étais étudiant. À l'époque, l'on dénonçait la morale traditionnelle tirée des Essais sous la forme de sentences et l'on prônait le retour au texte dans sa complexité et ses contradictions. Quiconque aurait osé découper Montaigne et le servir en morceaux aurait été aussitôt ridiculisé, traité de minus habens, voué aux poubelles de l'histoire comme un avatar de Pierre Charron, l'auteur d'un Traité de la sagesse fait de maximes empruntées aux Essais. Revenir sur un tel interdit, ou trouver comment le contourner, la provocation était tentante.
    Ensuite, choisir une quarantaine de passages de quelques lignes afin de les gloser brièvement, d'en montrer à la fois l'épaisseur historique et la portée actuelle, la gageure paraissait intenable. Fallait-il choisir les pages au hasard, comme saint Augustin ouvrant la Bible ? Prier une main innocente de les désigner ? Ou bien traverser au galop les grands thèmes de l'oeuvre ? Donner un aperçu de sa richesse et de sa diversité ? Ou encore me contenter de retenir certains de mes fragments préférés, sans souci d'unité ni d'exhaustivité ? J'ai fait tout cela à la fois, sans ordre ni préméditation.
    Enfin, occuper l'antenne à l'heure de Lucien Jeunesse, auquel je dois la meilleure part de ma culture adolescente, c'était une offre qui ne se refuse pas. »
    En 40 chapitres, Antoine Compagnon interprète Montaigne d'une façon claire, limpide, drôle. De l'engagement jusqu'au trône du monde en passant par la conversation ou l'éducation. Professeur au collège de France, ce grand spécialiste de l'autobiographie nous présente un Montaigne estival qui permet de bronzer notre âme.

  • Il y a deux Paul Valéry. L'auteur classique, poète d'État, un brin énigmatique, que tout le monde connaît sans l'avoir lu et il y a le sacripant drolatique, l'anar espiègle, le gamin salace aux mauvaises pensées, « l'esprit le plus méphistophélique de notre littérature ». Sans parler du coureur et du farceur. Deux faces d'une même médaille, le prévisible et l'imprévu, le bienséant et le frondeur, le sentencieux et le narquois.
    L'été sied à Paul Valéry, ce solaire impertinent, ce méditerranéen qui nous enjoint de courir à Londres pour en revenir vivant. Non seulement parce qu'il est né à Sète en 1871 mais aussi parce que toute son oeuvre est bercée par le sud, la Corse, l'Italie et la Méditerranée. N'oublions pas qu'il est l'auteur de l'universel Cimetière marin.
    Il y a un Paul Valéry en maillot de bain, un homme du trait, du brillant, de l'éclat, du paradoxe et du charnel.

  • Marcel Proust se répétait Chant d'automne de Baudelaire : 
     
    « J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre/
    Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
    Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
    Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer ». 
     
    Peut-être aucun poète ne nous t-il a laissé autant d'images durables et de vers mémorables. Il fut le poète du crépuscule, de l'ombre, du regret, de l'automne. Mais il est l'homme de tous les paradoxes. Il y a d'ailleurs chez lui une perpétuelle nostalgie du soleil sur la mer, du soleil de midi en été : «Adieu, vive clarté de nos étés trop courts ».
    L'été pour Baudelaire fut celui de l'enfance. Un été à jamais révolu. Et sa poésie est aussi la recherche de ce paradis perdu. Moderne et antimoderne, Baudelaire est d'une certaine manière notre contemporain. Aucun poète n'a mieux parlé des femmes - des femmes et de l'amour - que Baudelaire dans quelques poèmes sublimes comme La Chevelure ou L'invitation au voyage.

    Ce fut un homme blessé, un cruel bretteur, un fou génial, un agitateur d'insomnies. 
    Baudelaire aura été l'un des plus lucides observateurs de la désacralisation de l'art dans le monde moderne, lui qui admirait tant la peinture de Delacroix et de Manet. Dandy et proche des chiffonniers, anarchiste de gauche puis de droite, il fut l'homme de tous les paradoxes et originalités.
     
    En 30 chapitres qui sont autant de diamants noirs, Antoine Compagnon aborde le réalisme et le classicisme de Baudelaire,  le rôle de Paris et de Honfleur, de la ville et de la mer mais aussi le rire, la procrastination et le catholicisme. Dans le même esprit qu'Un été avec Montaigne, « à sauts et à gambades », Antoine Compagnon nous fait redécouvrir Les Fleurs du mal et Les Petits poèmes en prose en nous faisant partager un Baudelaire inclassable et irréductible. 

  • La Recherche du temps perdu est une oeuvre inclassable si profonde qu'on la lit et la relit pour y découvrir « la vraie vie, la seule vie pleinement vécue », c'est à dire la littérature. Ce livre nous transporte dans les salons de la Belle Époque, sur une plage de la côte normande ou à Venise. Il nous parle de l'existence, des soubresauts de la mémoire, de la subtilité des rapports humains, de  l'ambiguïté des sentiments amoureux, des bienfaits de l'imagination ou de la beauté des arts. Chaque lecteur peut y abriter ses songes, y reconnaître ses joies et ses peurs et y apprendre des vérités sur soi-même.
    Aux côtés de Laura El Makki, huit romanciers, biographes et universitaires, parmi les meilleurs spécialistes, Antoine Compagnon, Raphaël Enthoven, Michel Erman, Adrien Goetz, Nicolas Grimaldi, Julia Kristeva, Jérôme Prieur, Jean-Yves Tadié, abordent les multiples facettes de la vie et de l'oeuvre de Proust :  comment retenir le temps qui passe ? Pourquoi aimer fait-il souffrir ? Peut-on vraiment connaître une personne ?
     « Tâchez de garder toujours un morceau de ciel au-dessus de votre vie » écrivait Proust dans Du côté de chez Swann. Telle est l'ambition aérienne et stimulante de cet Été avec Proust.
     
    Un été avec Proust est à l'origine une série d'émissions produites par Laura El Makki et diffusées pendant l'été 2013 sur France Inter.
     

  • Chaque fois qu'une tempête s'annonce dans l'Histoire, on convoque Machiavel, car il est celui qui sait philosopher par gros temps. En effet, depuis sa mort en 1527, on ne cesse de le lire, et toujours pour s'arracher à la torpeur. Mais que sait-on de cet homme hormis le substantif inventé par ses contempteurs pour désigner cette angoisse collective, ce mal politique, le machiavélisme ?
     
    Né dans une république de princes, la Florence oligarchique de la Renaissance et de Savanarole, Machiavel est très tôt sensible à la politique. Premier secrétaire de la Seconde chancellerie, historien, dramaturge, poète, philosophe, politologue avant l'heure, admirateur des peintres, des ingénieurs, des médecins et des cartographes, incorrigible provocateur, Machiavel est surtout un très fin spectateur. En Europe, il voyage, scrute les rapports de force qui meuvent les hommes, renifle les remugles du pouvoir. Il s'étonne de voir, qu'en France, Louis XII tient son peuple d'une main de fer et que ce dernier ne l'en aime que davantage. Peu à peu, l'homme aiguise son style. Chez lui, tout est bon pourvu que l'on puisse exercer l'art du mot juste, « la vérité effective de la chose » : « L'amour est préférable, mais la force, parfois, inévitable ».
     
    La chance de Machiavel est d'avoir toujours été déçu par les hommes d'État qu'il a croisés sur son chemin. C'est pour cela qu'il a dû inventer son Prince de papier. Si le livre s'attache à dissocier l'action politique de la morale commune, la question demeure aujourd'hui encore de savoir, non pas pourquoi, mais pour qui écrit Machiavel. Pour les princes ou pour ceux qui veulent leur résister ? Et qu'est-ce que l'art de gouverner ? Est-ce celui de prendre le pouvoir ou celui de le conserver ? Qu'est-ce que le peuple ? Peut-il se gouverner lui-même ? Pensez-vous que les bonnes lois naissent de législateurs vertueux ? La fin peut-elle justifier les moyens ? Au-delà de conseils cyniques aux puissants, Machiavel s'interroge en profondeur sur l'idée de la souveraineté populaire car « le peuple connaît celui l'opprime ».

    Avec verve et une savoureuse érudition, Patrick Boucheron nous éclaire sur cet éveilleur inclassable, visionnaire et brûlant comme un soleil d'été sur la terre toscane. Et avec lui, nous écoutons Machiavel, comme tous les autres avant nous, au futur.

    Un été avec Machiavel est à l'origine une série d'émissions diffusées pendant l'été 2016 sur France Inter.

  • Victor Hugo rêvait d'être « Chateaubriand ou rien ». Sa vie et son oeuvre dépasseront cette ambition. Il sera un océan à lui seul : romancier, poète, dramaturge, pamphlétaire, académicien, pair de France, député. Tout en conservant le génie de l'enfance, Victor Hugo empoigna le XIXe siècle, combattit les injustices, la peine de mort, et toutes les formes d'aliénation. Il croyait au mouvement, au progrès. Son défi était de n'avoir jamais peur. Malgré les épreuves, les deuils familiaux, l'exil, Victor Hugo choisit de vivre : « Je suis celui que rien n'arrête/Celui qui va ». Il mit sa force, son souffle dans l'amour des siens, la conquête des femmes, la création et la passion de l'humanité : « Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. »
    Passer un été avec Victor Hugo ce n'est pas seulement se reposer à l'ombre d'un géant mais aussi voyager en sa compagnie, aimer jusqu'à l'épuisement et partager son sens de l'humour loin de l'image scolaire. 

  • Après avoir fait marcher sa troupe de théâtre itinérant le long des routes de France, (7 000 kilomètre à pied) Philippe Fenwick conçoit en 2011 un projet fou, énorme : jouer dans le plus de villes possibles le long des voies ferrées qui relient Brest à Vladivostok. Reste à trouver une histoire en français et en russe, un spectacle accueillant comédiens, musiciens, circassiens. Ce sera les souvenirs et les délires de Jacques Mercier, vedette d'un music-hall brestois, vivant reclus depuis la fermeture de celui-ci. Au début de l'aventure, année culturelle France-Russie, tout s'enchaîne à merveille, une subvention conséquente est même allouée à la troupe. Mais, très vite, les promesses sont retirées et les problèmes administratifs, techniques, sentimentaux menacent de plomber l'odyssée. Face à la débâcle annoncée, Fenwick, entre euphorie et désespoir, s'acharne. Le projet tourne à l'obsession. Il erre dans les couloirs du ministère de la Culture à la recherche du mystérieux bureau A, chargé de distribuer les subventions, réécrit le spectacle pour qu'il tienne avec huit comédiens et dix-sept valises, supplie sa femme de ne pas le quitter. Jusqu'au départ pour Vladivostok.   Elevé par une grand-mère russe, issu d'une famille ayant fait fortune dans les chariots- élévateurs, défenseur d'un théâtre en mouvement, Philippe Fenwick est en lui-même un personnage de roman. Si « Atavisme », sa pièce de théâtre franco-russe est bien parvenu jusqu'à Vladivostok, son Journal d'un enthousiaste joue des illusions, des faux-semblants. Tout est vrai, tout est faux. À commencer par le double de l'auteur, Jacques Mercier.

  • « Me demandant ce qui le rendait encore aussi passionnant à lire plus d'un demi-siècle après sa mort, je me suis aperçu qu'au delà de son style littéraire et de son esprit souvent visionnaire, c'est sa brutale honnêteté qui conserve toute leur force à ses textes. Il regarde les choses en face. Non pas de façon froide et dépassionnée, mais au contraire en s'impliquant le plus totalement possible.
    Sa dénonciaHon de l'impérialisme et du colonialisme, de la pauvreté et de l'injustice du capitalisme est d'autant plus efficace qu'il en connaît les mécanismes de l'intérieur. Quand il s'engage dans la guerre d'Espagne en 1936, c'est un peu comme si un intellectuel occidental contemporain partait se battre contre les Serbes à Sarajevo ou contre l'Etat Islamique en Irak ou en Syrie.
    J'ai réalisé en allant sur les lieux où se sont déroulés les principaux évènements de la vie d'Orwell à quel point ils avaient été formateurs dans sa carrière d'écrivain. La précision de ses descriptions, son oeil pour le détail, sa compréhension des phénomènes qu'il observe et de leur effet sur les êtres humains font de lui un auteur qu'il faut lire et relire.
    Du collège d'Eton, le bastion de l'élite britannique, où il est boursier jusqu'à l'île écossaise de Jura, où il use ses dernières forces à écrire 1984, en passant par la Birmanie où il est un rouage de l'impérialisme, les taudis de Manchester et de Paris, le front de la guerre d'Espagne et la Barcelone des luttes intestines de la République espagnole, on découvre avec combien étroitement la vie et les expériences d'Orwell inspirent et irrigue en permanence son oeuvre. »
    A. J.

  • Le carton d'invitation fait rêver : le 16 octobre 1963, Romain Gary épouse Jean Seberg dans le petit village de Sarrola, en Corse. Un écrivain de quarante-neuf ans, héros de la France Libre, prix Goncourt pour Les Racines du ciel. Une actrice de vingt-quatre ans à la beauté moderne, si pure, qui illumine À bout de souffle. À ces noces de la littérature et du cinéma, ni Hollywood ni la famille, encore moins les paparazzis, ne sont conviés. C'est une opération commando menée par le Renseignement militaire français : personne ne doit être informé de l'événement confidentiel défense organisé avec la bénédiction du général de Gaulle.
    Aucun biographe, français ou américain, n'était remonté au jour de la cérémonie. Ariane Chemin est partie sur les traces de cet amour mythique né à l'aube des tumultueuses sixties. Pourquoi tant de mystères ? Au terme d'un sacré jeu de piste, elle a retrouvé dans un dancing, au sud de l'île, le dernier témoin de ces noces de maquisards. Le temps d'un tango, l'ancien agent secret lui a raconté les dessous du mariage en douce qui révèle la vie brûlante et barzingue de ces deux exilés.

  • En janvier 2014, Thomas Coville tente pour la 4e fois de battre le record du tour du monde à la voile en solitaire sur son trimaran de 30 mètres. L'anticyclone de Sainte-Hélène s'installe. L'aventure tourne court. Pendant trente jours, Jacques Gamblin écrit quotidiennement à son ami pour lui dire son admiration, le soutenir, l'encourager, le hisser vers le haut et l'humilité à la fois. Un homme sur terre écrit à un homme en mer, un point jaune se déplaçant sur la carte du monde. 
    Au fil des jours, des mois, des années, la correspondance se poursuit et se déploie. L'intimité, la complicité, l'amitié, l'amour ne cessent de croître, laissant entrevoir une relation d'une force et d'une sincérité stupéfiantes entre ces deux aventuriers. 
    En 2016, Thomas Coville fait une 5èmetentative. Jacques Gamblin l'accompagne toujours, épistolairement, comme un frère d'armes, un compagnon de vie. 
    Le 25 décembre 2016, le navigateur pulvérise le record.
    Ce livre n'est pas une correspondance ordinaire. C'est la rencontre de deux hommes, de deux destins extraordinaires. C'est un voyage physique, géographique et mental. L'un parcourt la France et joue ses textes d'un plateau à l'autre. L'autre soliste joue contre le temps autour de la planète. Il travaille la mer au corps à corps, sa survie en bandoulière. Des hommes de courage, de doute, de passion, de quête et de conquêtes qui ont en commun l'humour comme élégance et l'audace comme raison de vivre.

  • La géographie de Sylvain Tesson est vaste. Elle couvre Paris, les toits de Notre-Dame, les calanques de Cassis, les montagnes de Chamonix, l'Irak, l'Ukraine, la Russie. Il y a les expéditions et les voyages intérieurs, les bivouacs d'un soir et les méditations d'un jour, mais aussi les escalades des parois et les descentes au fond des livres. Entre les mots se dessine l'écriture d'un destin. Alors que son dernier livre Sur les chemins noirs raconte son voyage du sud de la France au Cotentin, Une très légère oscillation est un miroir le long d'autres chemins.
     
    Le journal de Sylvain Tesson oscille entre le Manuel d'Epictète et les pensées de Jules Renard. Il nous incite à jouir de l'instant, à ne rien attendre du lendemain et à s'extasier des manifestations du vivant : une branche dans le vent, le reflet de la lune. C'est la chose la plus difficile au monde que de reconnaître le bien-être dans ses expressions les plus humbles, de le nommer, le saisir, le chérir. Savoir qu'on est en vie, que cela ne durera pas, car tout passe et tout s'écoule.
     
    Tout intéresse Sylvain Tesson. Sa panoplie littéraire enveloppe l'actualité la plus brûlante : Daech, les attentats, l'islam, le pape, la politique française mais aussi l'intemporel, la poésie, le spirituel. Humour et poésie sont les deux lignes de vie de Sylvain Tesson même quand il chute d'une toit et se retrouve hospitalisé pendant de longs mois à la Salpetrière : « Un fleuve bordé de saules pleureurs, est-ce une rivière de larmes ? » 
     

  • Aujourd'hui la Catalogne s'embrase contre Madrid. Et si demain une nouvelle fièvre s'emparait des régions françaises contre Paris ?
    Gilles Martin-Chauffier détricote le roman national et montre comment la Bretagne s'est laissée avaler par la France lors du mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne. Le duché est alors séduit par la culture et la clarté françaises qui vont dominer l'Europe. Lessivé par les grandes guerres maritimes contre l'Angleterre, il sera à la pointe de la Révolution mais ses prêtres refuseront de prêter serment car la Bretagne est une terre éprise de liberté. Demain, malheureusement pour les Jacobins, "la question bretonne, la corse, la basque, l'alsacienne, la savoyarde et d'autres, martiniquaise ou polynésienne vont apparaître. La Bretagne va ressusciter et la France, vieille, fatigante, lui donnera la main pour s'émanciper".  
    Breton d'origine, Gilles Martin-Chauffier réclame la sécession de la Bretagne parce que justement nous avons perdu notre esprit français: "La France a désormais des mièvreries de pharisienne déguisée en carmélite. Au lieu de chantonner elle morigène. Sermons, morale et bien-pensance envahissent l'espace."
    Ce pamphlet brillantissime, inscrit dans une perspective historique est signé par l'une des meilleures plumes françaises. Et bretonne.

  • D'Un été avec Baudelaire à l'hiver numérique, ou plutôt au printemps du numérique car l'une des caractéristiques de notre époque est la révolution virtuelle.
    Partant de l'exemple de Baudelaire et de son appréhension contradictoire par rapport à la technique et au monde moderne, Antoine Compagnon se confronte avec candeur et humour aux nouvelles technologies. Il faut dire que notre spécialiste mondial des Fleurs du mal et des Essais de Montaigne est aussi un ancien polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées. En quarante chapitres drôles et particulièrement piquants, Antoine Compagnon effectue des incursions désopilantes dans le monde de google, d'Amazon, de Wikipédia, des moocs, de ces êtres désormais puissants dans les universités américaines que sont les "digital officers". Confrontant en permanence l'ancien monde du papier et des archives à celui du tout numérique, n'hésitant pas à évoquer sa vie personnelle, et ses « prothèses » numériques mais aussi ses cours dans le monde entier, au Japon, en France aux États-Unis, au Québec, Antoine Compagnon se révèle un « geek » et un « nerd » particulièrement poétique et drôle sans parti pris révélant tantôt l'absurde de notre univers virtuel, ou au contraire son apport considérable à notre civilisation.
    Ces petits billets ont été publiés pendant une année dans le Huffington Post.

  • Vous vous intéressez à l'oenologie mais détestez les "snobinards du vin" ?
    Vous ne savez pas comment survivre à votre gueule de bois ? Vous désirez perdre du poids sans diminuer votre consommation d'alcool ?
    Vous voulez briller en société et rabaisser vos amis un peu prétentieux ? Ce livre est pour vous !
    Boire est un art, pas un naufrage !
    Notre verre quotidien est un cocktail composé de chroniques, de recettes testées et approuvées, d'un quizz sur les boissons. C'est aussi un précis subjectif, un éloge de la divagation du moi, un traité sur l'alcool qui se lit comme la part des anges d'un écrivain particulièrement investi dans son sujet. D'un ton toujours pince-sans-rire, Amis nous permet de nous instruire sans en avoir l'air.
    Notre Verre quotidien est un livre résolument "chap", qui se lit avec plaisir et fera le bonheur de tous les bons vivants, amateurs d'alcools et de bons mots.

  • L'aphorisme est un tour de magie difficile à réussir. Il est la pièce d'un puzzle mais supporte mal la compagnie. Il cherche l'universalité plus que l'originalité, la concision plus que la simplicité. Il est souvent amer et il est mal-aimé. Dans le sillage de Lichtenberg et Kafka, Dominique Noguez nous peint ses aphorismes en bleu. Des pensées, des maximes, à l'image de son travail d'écrivain. Du style, de l'élégance, une dose de désespoir et beaucoup d'humour. Il y a des pensées classiques et d'autres ancrées dans l'actualité.
    « La plupart des hommes sont des Sancho Pança sans Don Quichotte. »
    « Avec les portables, les confessionnaux sont en pleine rue, sans grillage et sans prie-Dieu. »
    « Quand on va prendre l'avion, soigner ses sous-vêtements : on pourrait retrouver le cadavre après la catastrophe »
    « L'Académie : 40 membres. N'est-ce pas un peu se vanter ? »
    Si vous êtes partisan du court, de l'abrégé et d'un désespoir savant, lisez Noguez !

  • Y a-t-il plus excentrique qu'un Anglais ? Oui, un Écossais ! Surtout quand il tombe amoureux de la France, d'Albert Camus et de Georges Marchais. Dans les années 1980, le communisme s'effondre en Europe et Gavin Bowd marche à rebours du sens de l'Histoire, court les fêtes de l'Humanité, fréquente la Sorbonne où des filles très vieille France lui assènent : "Il faut être complètement con pour être marxiste !". Comment trouver son salut quand on est tiraillé par ses démons staliniens et une fascination pour le pays des Lumières, du Romantisme ? Comment résister à la fin d'une civilisation ? S'enivrer de vin français, bien sûr, mais aussi décrypter avec humour un réel en pleine décomposition. Gavin Bowd multiplie alors les expériences limites : il se lance dans une tournée des ruines du bloc soviétique, organise dans une boîte de nuit un colloque d'une sublime dinguerie sur Guy Debord et le situationnisme. Au cours de ses pérégrinations parisiennes, il fait la connaissance de Michel Houellebecq. Il voit en lui le nouvel écrivain de l'absurde. Il devient son ami, son traducteur, son compagnon de route et de déroute. C'est le début d'un autre voyage, haut en couleurs et pour le moins rocambolesque, entre une France ébranlée par des attentats, la menace islamiste, des fantasmes de guerre civile et une Grande-Bretagne qui dit "goodbye" à l'Europe.

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