Jean-Jacques Viton

  • «un malaise un racisme discret destructeur un chargeur c'est une réserve de munitions pour une arme on dit aussi un magasin l'insoutenable vision du dépeçage la banalité exténuante la répétition des objets quotidiens les attentats affichent leurs bilans comme les marques leurs points en Bourse l'intime et l'environ les pièges des contrôles de clandestins les balises des massacres le temps qui passe des rapports opaques les avertissements de la fatigue le principe du tout droit les riches heures de la torture la ville qui pue les marchandises de l'insécurité les épidémies envahissantes les fragments comme débuts il reste un fond de sac nettoyer le repos comment s'en aller»

  • Décollage

    Jean-Jacques Viton

    Décollage est un recueil de sept poèmes narratifs, chacun des textes raconte une histoire, exprime des sentiments, des idées, des impressions. Images fortes du monde en mouvement, images dérobées à la publicité, à la rue, aux événements infimes du quotidien comme à ceux, plus vastes, de la société, au politique, et qui nous sont restituées dans la grâce ou la fureur, la tendresse ou le doute, restituées aussi par les mouvements dans la page : lignes pleines ou courtes, pauses blanches entre les mots, italiques, majuscules ; autant de scansions qui maintiennent la lecture à un niveau constant d'attention, d'émotion intense.

  • Patchinko

    Jean-Jacques Viton

    Sur un flipper occidental ordinaire, le joueur peut plus ou moins diriger la bille engagée, sinon la conduire, sur le parcours horizontal de l'appareil. Sur le flipper japonais patchinko (ancienne appellation de lance-pierre), vertical et automatique, le joueur ne peut qu'assister, passif, aux rapides dégringolades des billes projetées du haut de la machine sur un parcours troué où seul le hasard intervient. Dans cette absence de pouvoir, le joueur, ici dans le billard-poème-patchinko, se met à supposer que ses billes remontent la pente raide parsemée d'obstacles (erreurs de dates, réminiscences, associations d'idées, confusions, souvenirs...), creusent dans le passé comme des excavatrices et se reprécipitent vers le bas en rapportant des parcelles prélevées sur l'avant. Une façon de ramasser ses billes au cours de la partition imposée par le rythme sonore incessant de ces aller et retour. Patchinko, «objet fantôme», est un poème divisé en quatre jeux se déroulant au cours de l'unique partie d'une «mémoire qui a perdu son sang».

  • "une histoire brève sans violence cache
    la désolation c'est du mauvais genre
    le courant doit parcourir le haut le bas
    retenons quelques fables disponibles
    on en fera vite ce que l'on voudra oui
    il règne sur la terre desséchée la faille
    impossible à écarter d'une seule main
    le pire peut arriver comment affronter
    les Égyptiens sacralisent couleur noire
    un rappel des crues fertilisantes du Nil."
    Jean-Jacques Viton

  • épisodes

    Jean-Jacques Viton

    Si l'on admet le fait qu'un livre achevé est une aventure traversée, alors Épisodes représente bien les commentaires d'un parcours tributaire d'étapes dont la liste, la table, la géographie des arrivées, désigne la nature. D'un côté de l'axe, des prises en extérieurs : la Prairie, le Vent, le Wood... et de l'autre, des cadrages d'intérieurs, des segments biographiques générés par quelques détails puisés dans le quotidien : des vitrines de magasins, une plante d'appartement, la couverture d'un tombeau, un quatuor... Entre ces deux régions du livre - dans lequel on retrouve la préférence qu'a l'auteur pour les poèmes narratifs -, la minutieuse déconstruction d'une maison en général, comme démonstration du principe de lieux. Cette charnière architecturale place littéralement Épisodes dans l'éclairage d'un inventaire qui nous rappelle sur un ton neutre, par exemple, que sous les sols des caves se trouvent toujours les égouts.

  • Selected sueurs

    Jean-Jacques Viton

    «Le titre initial de ce livre était VRAC. Qu'est-ce qu'un vrac? sa définition varie de harengs mal lavés à désordre. Dans cet intervalle apparaît tout le reste, lui-même en vrac. Un choix s'est donc établi sur le plateau de ce premier titre à partir d'un ensemble de situations soulignant des événements particuliers dans les domaines du social, de l'affectif, du sport, de la misère, des affrontements. Ce nouveau dépôt a fait surgir à son tour des signes indiquant une orientation à l'intérieur de laquelle le désir, le combat, le pari, l'habileté, le courage, l'obstination devenaient les clefs des signes retenus. Il en résulte ces couloirs d'exposition où les comportements s'affichent, chacun dans sa propre transpiration vitale, accompagnés de neuf images, sans aucune volonté d'illustration, indiquant par là même que chaque sueur appartient à un damier insondable.» Jean-Jacques Viton.

  • ça recommence

    Jean-Jacques Viton

    Jonas Mekas connaissait un homme nommé Démon /
    précurseur des zazous il brandissait un Y allongé /
    lance-pierre sans élastique parlait du gaz moutarde /
    qui tuait les hommes poumons en feu courant /
    parmi les chevaux hurlant remplaçait les formules /
    couper un café trop fort par des innovations sévères /
    mitiger un excessif café il conservait avec prudence /
    vivement demain premier jour du reste de ma vie /
    j'ai une vision de la vie et je tente des équivalences /
    parfois je me sens si seul que j'ai envie de hurler

  • Accumulation vite

    Jean-Jacques Viton

    L'accumulation conduit à l'entassement, au stock. Ce livre est un dépôt de visages, de fragments de corps et de situations, de gestes et de bruits. L'accumulateur ramasse et rassemble ces parcelles, ces épisodes, pour les restituer sous forme de courants, de lancées, de passerelles - de poèmes. Cet assemblage va constituer un bloc qui est sans doute de protection. L'accumulation consolide en apparence le corps et ce qu'il contient : du réel et de la fiction ; elle l'alimente pour ce qu'il rejette : des mots, beaucoup de mots qui s'accumulent aussi pour enfouir encore. Tout cela, vite. Dans une manière de reportages et de repérages hachés, faits de sursauts alternatifs. L'accumulation vise enfin à la mise en place d'un rempart de coordination dont le pantoum à boucles est le chemin de ronde.

  • L'assiette

    Jean-Jacques Viton

    Ne pas être 'dans son assiette', on le sait, signifie se sentir mal à l'aise. Dans la formation du cavalier, l'assiette, c'est la manière d'être placé sur sa monture. Pour un navire, il s'agit de sa position sur l'eau. C'est aussi, pour le plus grand nombre, cet objet où sont mis, sur la table, les aliments. Pour un poète, l'assiette, est évidemment tout cela et, plus encore, le lieu où se croisent désir et dégoût, comme l'arène du monde où effectuer à la fois naïves et perverses, selon diverses stratégies, techniques et méthodes de prélèvements, les observations les plus variées, les enquêtes les plus méticuleuses sur certain festin mêlé.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « ... les parents du mort commandaient à des scribes une sélection de "chapitres" plus ou moins abondante... Le Livre était destiné non seulement aux proches du défunt, mais aussi aux milieux attirés par les connaissances initiatiques et par les mystères... Le choix des "chapitres" était probablement laissé à la discrétion des scribes... Tous commençaient par un titre indiquant, avec une exactitude très approximative, quel usage on pouvait faire du texte... L'attitude du récitant est, en général, celle d'un visionnaire : des visions succèdent à des visions ; la description des difficultés du voyage donne un aperçu des angoisses vécues par les initiés... Le ton est direct, presque terre-à-terre ; rien de superflu ; des choses qui portent, des instruments de travail ; le style est souvent lapidaire, condensé, froid ; des formules algébriques qui s'étagent, se superposent... Jamais aucune allusion à un esprit qui douterait, qui hésiterait, qui réclamerait des "preuves"... Les répétitions rendent parfois le débit monotone... Une certaine incohérence n'est jamais absente... »

  • L' Année du serpent - cette année 1989 - se déploie dans des vagues différentes, mais en échos constants, en résonances analogiques, dans ce livre où le poème (le «faire») articule ses anneaux en relation avec les «comptes» d'un agenda. Le serpent se mord la queue. Il se love. Il se répercute dans ses intimes aller retour. Sa peau est renforcée par des plaques dermiques parfois très résistantes, «imbriquées» ou «juxtaposées». Le ressac désigne le retour des vagues sur elles-mêmes lorsqu'elles se brisent contre un obstacle (un objet, un être). Un almanach - celui du Messager Boiteux, par exemple - est construit d'indications astronomiques et météorologiques, mais aussi de ces renseignements variés, de ces prises (débris de naufrageurs) que lui apporte le ressac. Enfin, c'est dans un trafic général que s'accomplissent tous les «mouvements» du monde : ceux des sentiments et ceux des corps.

  • Chine, Inde, La Havane, Saint-Petersbourg, Londres, Alexandrie et Le Caire, Madrid et Barcelone. Les sept grands poèmes qui composent ce recueil jouent des couleurs et des sons, des voix et des mots de ces destinations et de ces séjours d'été. Ce sont aussi des récits intimistes, des récits de solitude, car le narrateur, lui, est resté, et il est contraint d'imaginer, à partir de lettres et de cartes postales, ou de ses propres souvenir de voyages, de lectures et tout simplement de noms de pays à partir desquels toutes digressions et toutes divagations sont permises.

  • Comme ca

    Jean-Jacques Viton

    «toutes ces choses composent un ensemble hétéroclite multicolore polyphonique devant cet amas les saisons se couchent sans connaître leurs motivations»

  • Kanaka

    Jean-Jacques Viton

    Ce livre pourrait être le journal d'un voyage. Un trajet plus qu'un voyage, ce qui est parcouru dans l'espace d'un point à un autre. Traduction du trajet, alors qu'ici le parcours, à le nommer, indiquerait en Inde le mont Kanaka, pour aboutir, en Chine, à la ville de Shanghaï. Mais suivre une trajectoire est plus compliqué, quand le tracé oscille, puisqu'en apparence on traverse quelque chose construit comme un paysages alpin pour ensuite emprunter de difficiles pistes afghanes, suivre des rivages de Cape Cod, parvenir à des plaines dévastées de l'Irak... De lieu géographique désigné, Kanaka se transforme en références imprécises. Souvenir précieux, protecteur, au nom cher, réconfortant, affectivement rassurant... Une boussole sabotée conduit à des pistes brouillées, des labyrinthes où massacres, enfermements, pornographie tragique ponctuent l'avancée hésitante dont la barrière de protection, le garde-fou, est l'écriture qui permet de ne pas tomber. Simplement, elle agite. Il n'y a ni épisodes, ni suspense de récit. Écrire un poème ce n'est pas faire un film.

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